Greenpeace écope d’une amende pour l’exemple
Pour protester contre l’acheminement de convois nucléaires, des militants de Greenpeace avaient empêché le départ de trains vers les usines de retraitement de La Hague et de Sellafield. Jeudi, la justice soleuroise les a sévèrement sanctionnés.
C’était, de l’avis de nombreux observateurs, l’un des plus grands procès intentés contre Greenpeace en Suisse. L’organisation écologiste espérait s’en sortir auréolée d’un non-lieu pour ses 38 militants, accusés de «coercition et d’entrave à une action administrative, de violation de domicile et de dommages à la propriété».
Mais les accusés ont finalement écopé, jeudi, d’une amende, allant de 400 à 1700 francs, infligée par le tribunal de Zurzach dans le canton d’Argovie. Par son jugement, la Cour a confirmé les amendes infligées par la préfecture au mois de décembre dernier.
Qualifiée de sévère par Clément Tolusso, ce verdict n’étonne pas vraiment le porte-parole de Greenpeace suisse. Parce que, dit-il, «Argovie est par excellence un canton nucléaire» qui abrite la fameuse centrale de Gösgen.
Un regret tout de même: que le juge ne soit pas entré en matière sur l’argumentation inédite développée par Greenpeace. A savoir, la légitime défense relative à la santé publique et à l’environnement.
C’est, en effet, au nom de ce principe que les militants de l’organisation écologiste ont, par trois fois, empêché pacifiquement le départ de convois de trains atomiques vers l’usine de retraitement de La Hague, en France, et de Sellafield, en Grande-Bretagne. D’abord, en mars 1997 à Beznau. Huit mois plus tard, à Gösgen. Enfin, en mars 1998, à Leibstadt.
Et Greenpeace de rappeler que 230 millions de litres d’effluents radioactifs liquides sont déversés, chaque année, dans les eaux de l’Atlantique-nord à La Hague et plus encore à Sellafield.
Reste que sur le fond, le problème soulevé par Greenpeace suisse est loin d’être résolu. L’organisation continue de brandir deux articles de la loi atomique suisse qui interdisent d’exposer quiconque à des radiations ionisantes et prévoient de fortes amendes pour les contrevenants.
Greenpeace, qui pense recourir contre le jugement soleurois, n’est pas prête à baisser les bras. Elle l’a démontré le 31 août dernier, après que Moritz Leuenberger, chef du Département fédéral de l’énergie, eut autorisé la reprise des convois, suspendus pendant une année.
Les militants écologistes ont posé un bloc métallique de 1,5 tonne sur la voie ferrée donnant accès à la centrale de Gösgen où l’on affrétait un train pour l’usine de La Hague.
Jugurtha Aït-Ahmed
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.