«L’ONU doit céder le pouvoir aux Afghans»
Albert Stahel estime que les forces de maintien de la paix de l'ONU n'ont plus leur place en Afghanistan.
Cet expert en stratégie militaire rentre d’une mission d’observation. Il demande aux Nations unies de passer le relais au peuple afghan.
Près de deux ans après la fin de la guerre et le renversement du régime Taliban, de violents conflits déchirent toujours l’Afghanistan, constate Albert Stahel, politologue et expert en stratégie militaire à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ).
Selon lui, une série de mauvaises décisions ont été prises et un changement de politique est nécessaire pour ramener la stabilité en Afghanistan.
Washington doit changer de politique
«Les Américains poursuivent leur guerre et la population afghane est de plus en plus hostile aux étrangers. Si Washington ne change pas très vite sa politique, le pays va sombrer dans le chaos», avertit l’expert suisse.
Pour Albert Stahel, les Nations unies doivent maintenant passer le relais et donner le pouvoir aux Afghans qui ne souhaitent qu’une chose: reconstruire leur pays.
Pour l’heure, le problème, c’est que le contrôle échappe au gouvernement sur la plus grande partie du territoire. L’insécurité règne aussi bien dans la capitale Kaboul qu’ailleurs en Afghanistan.
Des organisations non-gouvernementales et des soldats du maintien de la paix ont récemment encore été la cible d’une série d’attaques.
Quatre soldats allemands tués
En mars, un délégué du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a été tué par balle. Et la semaine dernière, quatre soldats allemands sont morts dans un attentat suicide à Kaboul.
Les attaques ont été attribuées aux seigneurs de la guerre et aux combattants Taliban. Mais Albert Stahel ne croit pas à cette thèse-là.
«Tout cela ne tient pas. Peut-être que certains d’entre eux ne sont pas satisfaits du gouvernement mis en place. Et bien sûr, ils sont opposés à la présence de soldats étrangers. Mais c’est tout.»
«Je connais plusieurs commandants locaux et la coopération se passe sans problème, ajoute l’expert suisse. Les Américains devraient mettre fin à leur guerre et laisser les Afghans résoudre leurs problèmes seuls.»
Comme dans un territoire ennemi
Autre problème soulevé par Albert Stahel: les forces de maintien de la paix vivent dans des casernes barricadées, loin de la population locale.
«Ce n’est pas une solution. On a l’impression que les soldats de l’ONU travaillent en territoire ennemi», commente l’expert.
Le major Ralph Ganter, l’un des deux Suisses membres de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) située dans un camp en dehors de Kaboul, le soulignait déjà dans une interview accordée à swissinfo.
«Nous n’avons pas de contact avec la population locale, expliquait-il alors. Nous vivons à l’intérieur du camp et nous allons en ville uniquement lorsque nous sommes en patrouille.»
swissinfo, Billi Bierling et Ramsey Zarifeh
(traduction: Alexandra Richard)
– En 2001, les forces de la coalition renversaient le régime Taliban.
– Depuis juin 2002, l’Afghanistan est gouverné par une administration intérimaire qui a été désignée par la Loya Jirga (assemblée traditionnelle représentant les différents groupes ethniques du pays).
– Hamid Karzai est le président ad intérim de l’Afghanistan.
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