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Le président de Kuoni sur un siège éjectable

Daniel Affolter, président du conseil d'administration. swissinfo.ch

Kuoni est en proie à de violentes luttes internes. La direction du voyagiste in corpore et cinq des huit membres du conseil font front commun pour réclamer la démission de Daniel Affolter, président du conseil d'administration.

«M. Affolter a concentré entre ses mains un pouvoir qui va à l’encontre des intérêts de l’entreprise», a dénoncé vendredi lors d’une conférence de presse à Zurich Heinz Müller, vice-président du conseil d’administration (CA) de Kuoni Holding. Il utilise sa double fonction de président du CA et de la fondation Kuoni et Hugentobler, principal actionnaire du groupe, à des fins personnelles.

Cœur du problème: les 12 millions de francs de prime unique que se sont octroyés l’an dernier les quatre membres de l’époque de la fondation, dont 8,1 millions pour le seul M. Affolter.

A cette somme s’ajoute un million de francs par an auquel Daniel Affolter aurait droit jusqu’à sa retraite en cas de démission de la présidence du CA de Kuoni, plus les honoraires usuels de 20 000 à 30 000 francs par an.

De telles sommes sont contraires à la philosophie du groupe centrée sur l’honnêteté, l’éthique et l’ouverture, estime la direction du groupe et la majorité du CA. La démarche est en outre «illégale», raison pour laquelle plainte pénale pour gestion déloyale va être déposée contre le conseil de fondation.

La direction du premier voyagiste suisse exige en outre la démission de l’ensemble du conseil de fondation et la restitution des sommes «indûment» acquises. Le problème, c’est que la fondation Kuoni et Hugentobler, avec 6,25% des parts et 25% des voix, contrôle de facto l’ensemble du groupe.

Dans les circonstances actuelles, cette situation n’est plus tenable, estime la direction. Le but de la fondation est de garantir l’indépendance et la stabilité du groupe.

Aujourd’hui, cet objectif est menacé par la concentration de pouvoir aux mains d’un seul homme, renforcée encore par le fait que l’épouse de M. Affolter siège aussi depuis l’an passé au conseil de fondation, relève M. Müller.

Le contrat de travail de M. Affolter avec Kuoni a d’ores et déjà été résilié. Mais sa destitution de la présidence du CA est du seul ressort de l’assemblée générale, prévue le 15 mai.

Hans Lerch, président de la direction et directeur général du voyagiste, a qualifié d’absurdes les accusations de M. Affolter selon lesquelles les «manœuvres de déstabilisation» à son égard dissimuleraient une tentative de prise de contrôle inamicale de la part d’un groupe étranger.

Si c’était le cas, la direction en aurait eu vent et ne se serait pas mobilisée derrière la majorité du CA pour dénoncer l’attitude du conseil de fondation, a-t-il relevé.

M. Müller nie par ailleurs le fait qu’il puisse s’agir d’une lutte de pouvoir. «Je n’ai nullement l’intention de devenir président du CA», a-t-il assuré. Il conteste aussi les conclusions de l’expert Hans Michael Riemer cité par M. Affolter, selon lesquelles les indemnités seraient légitimes. L’expert, estime M. Müller, a été mal informé par M. Affolter.

Dans un communiqué, la fondation Kuoni et Hugentobler maintient sa version selon laquelle ces accusations cachent probablement une manœuvre inamicale contre le groupe. Elle fait valoir qu’elle est une fondation à but lucratif, et qu’à cet égard elle a le droit d’octroyer de telles prestations à ses membres.

Les honoraires seraient en outre bloqués sur un compte spécial la fondation, en attendant l’approbation de l’autorité de surveillance. La fondation, qui dispose d’une fortune de 100 millions de francs, a en outre suffisamment de moyens.

M. Affolter a lui-même annoncé le dépôt d’une plainte pénale contre inconnu pour vols de documents appartenant à la fondation. Il a l’appui d’Alfred Kuoni, créateur de la fondation dans laquelle il a investi 90% de sa fortune.

Les deux membres étrangers du CA, Tommaso Zanzotto et Geoffrey Lipman, ne se sont pas joints non plus à l’opposition contre M. Affolter.

swissinfo avec les agences

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