Le retour des Kosovars vu de Pristina: la prudence s’impose
Confirmation ce jeudi: 16 500 demandeurs d’asile kosovars devront avoir quitté la Suisse à la fin de l’année. Des retours forcés, qui commenceront le 1er juin. Mais sur place, les humanitaires s’inquiètent des conséquences d’un éventuel afflux.
Il y a trois semaines, c’est Bernard Kouchner, le chef de la Mission des Nations Unies au Kosovo, qui tirait la sonnette d’alarme. Dans une lettre ouverte, il demandait aux pays d’accueil de «limiter le nombre de retours forcés, en particulier de ceux qui sont socialement ou ethniquement vulnérables et de ceux qui ont un passé violent».
La veille, la Suisse avait renvoyé de force vers Pristina, par vol charter, 58 Kosovars, dont une vingtaine de criminels, encadrés par 50 policiers.
Mais au-delà de ce cas particulier, c’est la situation d’ensemble au Kosovo qui pousse les humanitaires à la prudence. Le Suisse Peter Amhof, délégué sur place de Caritas, fait le compte des Kosovars qui doivent rentrer: «environ 20 000 de Suisse, mais 170 000 à 300 000 d’Allemagne. Des chiffres énormes: ce sera difficile pour la société, ici, d’absorber tous ceux qui doivent rentrer».
Même son de cloche au Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés (HCR): «le Kosovo est un petit pays, avec une population de 1,8 million d’habitants, mais dont environ 40 pour cent des maisons sont détruites, rappelle Peter Kessler, son porte-parole à Pristina. La capacité d’accueil pose donc un gros problème».
«La situation économique est catastrophique, avec un taux de chômage de 85 pour cent et une amélioration immédiate n’est pas en vue, ajoute Peter Amhof pour compléter le tableau. De plus les réseaux sociaux ont été très affaiblis par la guerre.»
Au souci des organisations humanitaires qui travaillent au Kosovo, étant donné l’état de tension qui règne encore dans la province, s’ajoute le sort des réfugiés membres de communautés minoritaires. Un groupe pour lequel la Suisse fait une exception: le délai de départ est repoussé au 31 août, date à laquelle on procédera à un nouvel examen de la situation.
«Les Nations Unies ne souhaitent pas que des membres de minorités, les Serbes, les Ashkali, les Slaves musulman, etc. soient renvoyés ici, explique Peter Kessler du HCR. Qui poursuit, avec euphémisme: «En ce moment, sur place, ils ne seraient pas bien accueillis.»
Pierre Gobet
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