Swiss muesli et yaourt de buffle au pays du thé
Le Sri Lanka et ses plantations de théiers, origine du «Ceylon Tea», de renommée mondiale. Loin de la zone des combats entre Tigres tamouls et armée gouvernementale, le Suisse Gerd Haisch a ouvert voici 15 ans une auberge sur la côte ouest de l'île, paradis pour vacanciers. Reportage.
En fermant les yeux, on entend le tintement des clochettes accrochées au toit, les cris des corbeaux et, un peu plus loin, le ressac, qui vient rappeler la mer toute proche. On est alors pris d’une irrésistible envie de traîner tout l’après-midi sur les chaises longues de la terrasse. Sur la plage, le soleil brûle mais dans le jardin, les visiteurs profitent de l’ombre des palmiers et des cocotiers.
«J’adore les pondychériennes», s’exclame Catherine, couchée un livre à la main dans une sorte de chaise longue avec des accoudoirs tellement longs qu’ils servent aussi à poser les jambes. Leur nom vient de l’ancien comptoir français en Inde, Pondichéry. La ville est située sur le continent, de l’autre côté du bras de mer qui sépare l’Inde du Sri Lanka.
L’Icebear à Negombo
Cette jeune parisienne repart ce soir, après dix jours de vacances. Et avant de reprendre l’avion, elle s’offre une dernière nuit au bord de la mer. L’Icebear a la chance d’être située à Negombo, la ville côtière la plus proche de l’aéroport de Colombo. Les touristes sont donc soit en partance comme elle, ou tout juste débarqués dans le pays.
«J’ai dû aller au moins 6 fois en Inde, mais c’est la première fois que je viens au Sri Lanka», raconte Yves, une bière locale à la main. Ce retraité belge est arrivé la veille, pour six semaines de découvertes. «Ici, on est bien, le jardin est calme, c’est vraiment reposant après une journée de visite à Colombo – surtout, je préfère me poser au bord de la mer plutôt qu’en ville.»
Si autant de touristes débarquent à l’Icebear, c’est que l’auberge est recommandée par la plupart des guides touristiques. Tous les chauffeurs de taxis la connaissent des centaines de kilomètres à la ronde. «Ah, vous allez à l’Icebear? C’est la guesthouse suisse, non? C’est une très bonne adresse!», nous lance le conducteur qui nous emmène depuis Kandy, dans le centre du pays, à quatre heures de route de Negombo.
Un accident providentiel
Une auberge suisse qui aurait très bien pu ne jamais exister: «Un jour, il y a trente ans, un de mes amis a eu un accident de voiture. Il avait déjà acheté un billet d’avion pour Colombo et m’a proposé de partir à sa place…», se souvient le propriétaire, un grand gaillard aux cheveux poivre et sel. Un voyage coup de foudre: «Je suis immédiatement tombé amoureux du pays. Et j’ai acheté ce terrain pour le jour où je prendrais ma retraite.»
Quinze ans plus tard, Gerd a 55 ans et s’installe dans sa nouvelle maison au bord de la mer. Mais au bout d’un an, le Suisse en a marre de sa retraite pépère. Il décide alors de louer deux chambres de sa maison aux voyageurs, pose un panneau dans la rue et attend les premiers clients. Il choisit alors un nom: Icebear, l’Ours polaire.
«J’ai travaillé des dizaines d’années dans la publicité», explique le fondateur, «alors, je savais que ce n’était pas possible de nommer un hôtel ‘sunset’ ou ‘sunrise’: ce genre de noms, ça rentre par une oreille et ça sort par l’autre, personne ne s’en souvient. Alors que «ours polaire», ça marque les gens! Et comme je pèse 100 kilos pour 1m90… ça me va bien comme nom. »
Depuis, la guesthouse a grandi. Le Suisse a construit un deuxième bâtiment, engagé dix employés et ouvert un café dans le centre ville. Ici, les dégâts du tsunami ont été limités: l’eau est montée de 80 centimètres dans la cour et dans les habitations. Il a fallu tout repeindre mais il n’y a pas eu de victimes. Aujourd’hui, les touristes sont accueillis dans des chambres aux couleurs claires, avec de grandes moustiquaires et des ventilateurs au plafond.
Une vraie success story
La marque de fabrique: un mélange d’oriental et d’occidental. Dans le menu, on trouve par exemple du «Swiss muesli with buffalo curd», soit du muesli helvétique accompagné de yaourt de buffle. Et sur les murs, dans les porte-journaux, les Daily News locaux côtoient les exemplaires de la Basler Zeitung.
Même les employés locaux ont été influencés par leur patron européen. A l’heure de la pause, ils jouent toujours au cricket – le sport national, héritage de la colonisation britannique – mais aussi… à la pétanque!
Et Cristi, le manager sri lankais, connaît par cœur les mots d’ordre de son employeur: «Nous devons être meilleurs que les autres: plus sympa, plus propre, plus beau, plus parfait!».
«Je n’ai pas fait exprès, s’exclame Gerd, mais on ne change pas aussi facilement que ça!! J’ai construit cette auberge de manière à ce que moi, je me sente bien dedans. Je voulais qu’elle soit propre, belle et que tout marche vite et bien dedans… comme en Suisse. Et en effet, ça sonne comme un cours de marketing.»
swissinfo, Miyuki Droz Aramaki au Sri Lanka
Lieux. Le Sri Lanka est une île située au sud du Sous-continent indien. Elle a été envahie par les Arabes, les Portugais, les Hollandais et les Britanniques successivement, jusqu’à son indépendance en 1948. La capitale de l’état est Colombo.
Nom. Depuis 1972, le pays a abandonné le nom de Ceylan pour prendre celui de Sri Lanka, «l’île resplendissante».
Catastrophe. Le Sri Lanka a été le pays le plus touché par le tsunami de décembre 2004.
Langues. La majorité des 21 millions de Sri lankais parlent cinghalais (70% des habitants). La deuxième langue officielle est le tamoul, parlé par quelque 20% de la population.
Religions. Les Cinghalais sont principalement bouddhistes, alors que les tamouls sont de religion hindoue ou chrétienne. Il existe aussi une importante minorité musulmane dans le pays.
Thé. Le pays est le plus gros exportateur de thé au monde, avec un chiffre annuel de presque 300’000 tonnes, soit 20% du marché international.
Touristes. Une autre source importante de revenus est le tourisme, mais le nombre de visiteurs varie d’année en année en fonction de la situation politique du pays.
Conflit. En effet, une guerre civile ensanglante le Sri Lanka depuis plus de 25 ans: une longue suite de batailles et de cessez-le-feu entre le gouvernement de Colombo et les rebelles du Mouvement de Libération de l’Eelam Tamoul, plus connus sous le nom de «Tigres tamouls».
Dormir. La guesthouse compte 12 chambres, toutes différentes, allant de 27 à 57 CHF la nuit.
Appart’. La direction propose aussi trois appartements de vacances, à louer à la semaine ou au mois, à des prix variables.
Ravitaillement. L’Icebear sert à manger, du petit déjeuner au souper, et sert aussi du vin, notamment local (attention, le goût est particulier… pas grand-chose à voir avec nos vins européens!)
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