Navigation

Des visions toujours plus extrêmes pour la Jungfrau

La compagnie du train de la Jungfrau a dévoilé ses projets d’avenir dans la perspective des festivités organisées pour son centième anniversaire Keystone

Le Jungfraujoch, un des lieux les plus visités de Suisse, devrait bientôt être le point de départ d’une nouvelle ligne de train, jusqu’à 3700 mètres. Faut-il tout sacrifier au tourisme de masse? Les questions dérangeantes d’un observateur privilégié.

Ce contenu a été publié le 11 septembre 2011 - 14:00
Ariane Gigon, Zurich, swissinfo.ch

«Dans quelques années, les masses grimperont sur le sommet. Là où règne aujourd’hui un silence cérémonieux, il y aura des sifflets et du bruit.» La critique, émanant d’un membre du Club alpin suisse, porte sur le sort de la Jungfrau et date de 1894. Son auteur rejette vivement le projet de train jusqu’au Jungfraujoch, pour lequel l’industriel zurichois Adolf Guyer-Zeller venait de déposer une demande de concession au Conseil fédéral (gouvernement).

Mais, comme le rappelle la compagnie du train de la Jungfrau (JBH) dans sa documentation pour le centenaire de l’inauguration du train, les critiques resteront limitées à un groupe restreint de personnes. L’enthousiasme des habitants de l’Oberland bernois pour un projet qui garantira, à leurs yeux, le tourisme dans la vallée, l’emportera et la ligne était inaugurée le 1er août 1912

Le centième anniversaire

C’est en annonçant les festivités organisées pour ce centième anniversaire que la compagnie JBH a aussi dévoilé ses projets d’avenir. «Nous devons continuer à séduire de nouveaux marchés», a expliqué le directeur de la compagnie Urs Kessler, lors d’une conférence de presse fin août à Zurich. Les touristes asiatiques, notamment en provenance du Japon, de Corée du sud et d’Inde, sont les premiers concernés.

Un nouveau hall d’arrivée accueillera les touristes dès fin février et, le 1er avril, une nouvelle galerie, avec un tapis roulant, sera inaugurée. «On ne peut pas proposer des excursions à pied à tous les touristes asiatiques», explique Urs Kessler.

«Le confort des touristes n’est qu’un prétexte», réagit Benedikt Loderer, architecte, essayiste, fondateur du magazine Hochparterre et fin observateur de tout ce qui touche la modification du paysage en Suisse. «Ce que les promoteurs veulent, c’est que les touristes aillent plus vite, pour en accueillir toujours plus.»

La compagnie JBH ne nie pas qu’il s’agit, aussi, de vitesse, mais une vitesse d’un autre genre. «Les touristes n’ont plus le même budget en temps et en finances que par le passé, affirme Urs Kessler. Ils veulent voir plus de choses dans un temps restreint.»

Un tapis roulant

Le tapis roulant, circulant dans un tunnel, passera au milieu d’explications sur la construction de la ligne et sur le développement du tourisme alpin. Il permettra aussi d’améliorer la fluidité des mouvements. «Nous aurons ainsi un parcours circulaire, explique le directeur. Aujourd’hui, les touristes vont et reviennent vers le Palais de glace et la terrasse par le même chemin.» La nouvelle galerie est devisée à 16 millions de francs.

Mais la compagnie du Jungfraubahn veut aller plus loin. En 2015 ou 2016, un nouveau tronçon à crémaillère emmènera les visiteurs jusqu’à 3700 mètres, sur l’Ostgrat, aujourd’hui occupé par une station de Swisscom, qui prévoit de l’abandonner dès 2013.

«Funitis»: il faut du «fun»!

 «Nous préparons une attraction qui sera aussi intéressante que Mona Lisa à Paris», annonce Urs Kessler, sans en dire davantage. Un concours d’architecture sera lancé. En avril dernier, la compagnie n’avait pas exclu d’augmenter les tarifs pour financer ses projets.

Alors que les objets décoratifs et gadgets, comme les vaches colorées, du Jungfraujoch ne sont déjà pas du goût de tous les esthètes de la nature, que les visiteurs peuvent voir un film du panorama par beau temps s’ils ont la malchance de monter par temps de brouillard, la question de la pertinence de ces projets par rapport à la «nature brute» peuvent légitimement se poser.

Benedikt Loderer jette un regard sans fard sur cette évolution. «Les marges de profit diminuent et les responsables de ces lieux touristiques se doivent d’offrir quelque chose. A l’ère de la «funitis» [que l’on pourrait traduire par «manie du fun», ndlr] la pure jouissance de la nature ne suffit pas. D’autant plus que la concurrence entre la neige et la plage pour attirer les vacanciers grandit.»

Or le primat actuel est «d’attirer les masses». La beauté des montagnes risque-t-elle d’en pâtir? «A mon avis, on n’en est encore loin. De toute façon, les réflexions des protecteurs de la nature n’ont aucune importance par rapport aux enjeux touristiques, affirme Benedikt Loderer. Le Cervin reste beau même si Zermatt est parsemée d’horribles blocs d’habitation.»

Quid du «tourisme durable» ?

La discussion sur le «tourisme durable», avec des infrastructures compatibles avec la protection de la nature, prend pourtant de l’ampleur. Benedikt Loderer n’est pas d’accord. «C’est un discours désespéré, qui ne concerne que la zone située à la limite des chutes de neige. En dessus de 1500 mètres, ce discours n’a aucune prise.»

Enfin, pour l’observateur, une «société à deux vitesses» a déjà commencé à se mettre en place dans les Alpes: «Les grands centres vont se développer, les petits vont perdre pied. Or, avec la désaffection de lieux de moyenne altitude, on court le risque de revoir apparaître la pauvreté. Mais personne ne se demande s’il serait grave de voir apparaître des friches alpines, des villages abandonnés là où la neige ne tombe plus.»

Reste à voir si, dans l’Oberland bernois, le développement du projet de nouveau train à crémaillère suscitera les mêmes critiques qu’en 1894… Ces critiques restées minoritaires face à l’enthousiasme né de la mise en service du train et de la gare la plus haute d’Europe, il y aura bientôt 100 ans.

Points de repère

La première ascension de la Jungfrau a eu lieu le 3.8.1811.

Crémaillère. Fin août 1893, lors d’une promenade, l’industriel zurichois Adolf Guyer-Zeller a l’idée d’un train à crémaillère jusqu’au Jungfraujoch et réalise une esquisse.

Travaux. Il reçoit la concession pour les travaux le 21.12.1894 et le premier coup de pioche a lieu de 27.7.1896.

Durée. Les travaux dureront 16 ans au lieu des 4 prévus et les coûts passeront des 8 millions prévus initialement à 16 millions de francs.

Gare. Après la dernière percée de tunnel, le 21.2.1912, la gare, la plus haute d’Europe, sera inaugurée le 1er août 1912 au Jungfraujoch, à 3454 mètres.

Tunnels. La ligne, qui part de la Petite Scheidegg, mesure 9 kilomètres avec un dénivelé de 1400 mètres. Elle traverse un peu plus de sept kilomètres de tunnels.

La station météorologique a été ouverte en 1931.

Sphinx.

La terrasse panoramique du Sphinx a été ouverte le 1er juillet 1996. On y accède avec l’ascenseur le plus rapide d’Europe

End of insertion

Un succès permanent

Près de 700'000 personnes grimpent chaque année pour goûter la vue sans pareil sur le glacier, sous label Unesco, de l’Aletsch et admirer l’Eiger et le Mönch.

Au premier semestre 2011, le bénéfice de la compagnie Jungfraubahn (JBH) a augmenté de 23,9% par rapport aux six premiers mois de l’an dernier, pour atteindre 11,2 millions de francs.

Quelque 313'600 personnes se sont rendues au Jungfraujoch, soit 48'500 de plus qu'en 2009.

Les Chemins de fer de la Jungfrau profitent de la faiblesse de l’euro face aux monnaies asiatiques: les voyages en Europe sont avantageux pour les touristes d'Asie et un tour au Jungfrau reste toujours à leur programme malgré le franc fort.

Source: ATS

End of insertion

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article

Joignez-vous à la discussion

Avec un compte SWI, vous avez la possibilité de faire des commentaires sur notre site web et l'application SWI plus.

Connectez-vous ou inscrivez-vous ici.