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«A l’école des philosophes» de Fernand Melgar «Je ne vois plus le handicap, je vois des enfants avec d’autres qualités»

Un enfant devant un tableau

«A l’école des philosophes», le nouveau documentaire de Fernand Melgar

(© 2018 Climage )

Là où les regards se détournent, Fernand Melgar braque sa caméra. Son nouveau film, «A l’école des philosophes», ouvre ce jeudi les Journées de Soleure, en racontant les premiers pas de cinq enfants dans une école spécialisée. Le réalisateur suisse questionne la place du handicap et de la différence dans notre société. Entretien.

Jour de rentrée à l'école de la rue des Philosophes à Yverdon, dans le canton de Vaud. Devant la caméra de Fernand MelgarLien externe, les destins de deux petits garçons et trois petites filles en situation de handicap se croisent, s’entremêlent. Louis et Léon sont atteints d’une forme d’autisme, Albiana d’un type de trisomie. Kenza est polyhandicapée, et Chloé a une maladie héréditaire. Entourés par des professionnels, les enfants doivent surmonter leurs difficultés pour «apprendre leur métier d’écolier», comme le dit Adeline, l’enseignante.

Petit à petit, cris, pleurs et agitation laissent place aux sourires, aux regards espiègles, aux éclats de rire et aux gestes d’entraide. Le cinéaste capte les progrès des élèves, les yeux brillants des parents qui confient pour la première fois un enfant fragile à des tiers, les petites victoires déjouant parfois les pronostics médicaux. Malgré les aléas de la vie, malgré le handicap, c’est un bonheur contagieux qui se construit sous les yeux du spectateur.

Quatre ans après «L’Abri», documentaire consacré aux sans-logis, Fernand Melgar inaugure les Journées de SoleureLien externe avec «A l’école des philosophes», en compétition pour le Prix de Soleure. Le réalisateur suisse poursuit ainsi son combat pour «mettre en lumière les marges de notre société».

Chloé dans les bras de sa maman

«Je ne sais pas si c’est du déni ou de la fuite, peut-être une forme de non-acceptation. On ferme les yeux et on fonce», dit la maman de Chloé

(2018 Climage)

swissinfo.ch: Vous vous êtes fait connaître grâce à vos films qui traitent de l’asile et de la migration. Pourquoi avoir choisi de vous intéresser, cette fois, au handicap?

Fernand Melgar: La thématique est certes un peu différente mais mon cinéma ne change pas. L’altérité, le regard sur l’autre, l’acceptation de la différence, les valeurs que j’essaie de défendre traversent tous mes films.

En m’intéressant à une école spécialisée et à ce petit groupe d’enfants, je m’interroge sur la place laissée au vivre-ensemble dans une société de plus en plus axée sur la performance et la compétitivité. En 2016, les Suisses ont accepté le diagnostic préimplantatoire, et j’y étais aussi favorable car il est essentiel que des parents susceptibles de transmettre une maladie puissent choisir. Toutefois, avec le diagnostic, la plupart des enfants que l’on voit dans le film, notamment Albiana qui est atteinte d’une forme de trisomie, pourraient bien ne pas exister. Je questionne ainsi la notion d’humanité. A partir de quel moment est-on humain ou pas?

Le réalisateur romand Fernand Melgar

(Keystone/Jean-Christophe Bott)

Vous avez suivi ces enfants pendant près d’une année et demie, comment avez-vous choisi le lieu et les protagonistes du film?

J’ai choisi l'école de la Fondation VerdeilLien externe à Yverdon car elle est placée au cœur de la ville, alors que ce type d’institutions sont d’ordinaire plutôt excentrées. Sans se l’avouer, on a le désir de cacher les personnes en situation de handicap. En outre, cette classe était une chance unique d’observer la formation d’un groupe, puisqu’elle démarrait à zéro, que tous les élèves étaient nouveaux.

Lorsque j’ai réuni toutes les familles pour savoir si elles étaient d’accord que je réalise un film dans l’établissement, elles ont accepté à l’unanimité. Une mère a même ajouté: «Enfin, on s’intéresse à nous!» Ce n’était toutefois pas encore gagné. Les enfants et moi avons dû nous apprivoiser. Très souvent, ils sont extrêmement expressifs et directs. Au début, cela vous décontenance. Ils ne sont pas dans le verbal mais ils développement d’autres sens. S’ils ne sont pas contents, ils hurlent. S’ils sont heureux, ils vous serrent dans les bras. Ce rapport très direct m’a beaucoup impressionné et porté pendant le tournage.

Au début du film, la classe semble ingérable, la situation chaotique. Puis, on découvre que chaque enfant progresse, parfois envers et contre tout, et une harmonie s’installe au sein du groupe. Comment se petit «miracle» se produit-il?

Une série d’ingrédients y contribue, dont le premier est l’amour. L’amour porté à ces enfants, par les parents mais aussi par les professionnels, m’a ébloui. Il les fait s’ouvrir comme des fleurs. Au début du film, Kenza, polyhandicapée, est amorphe. A un moment donné, on la voit relever la tête et sourire. C’est l’une des plus belles scènes du film. Elle m’émeut beaucoup car elle me fait croire en l’humanité. On constate ainsi à quel point l’éducation peut faire progresser n’importe quel être, qu’il soit ou non en situation de handicap. La vie finit toujours par trouver son chemin.

Le petit Louis

« On doit faire un chemin de deuil de l’enfant rêvé», explique la maman de Louis

(2018 Climage )

Aujourd’hui, la tendance est plutôt à l’école inclusive. La prise en charge des élèves en situation de handicap au sein d’établissements spécialisés vous semble-t-elle plus pertinente?

Non, chaque cas est individuel. Ces dernières années, la tendance est toutefois d’intégrer au forceps des enfants en situation de handicap dans des classes ordinaires. L’intention est bonne mais le résultat n’est pas toujours satisfaisant. Dans certains cas, les enfants souffrant de troubles se retrouvent ostracisés à l’intérieur de la classe. Certains enseignants se sentent désemparés. Léon, l’un des enfants du film atteint d’une forme d’autisme, peut aujourd’hui passer un ou deux jours par semaine dans une école ordinaire. C’est une approche très pertinente pour lui, alors qu’au début du tournage il était complétement fermé. Avec d’autres élèves, cette intégration n’est toutefois pas possible. Il n’y pas de règle absolue mais il faut que l’enfant soit au cœur de tout choix et on ne doit pas se contenter d’appliquer une décision de principe.

Ce tournage a-t-il changé votre regard sur le handicap?

Je ne vois plus le handicap, je vois des enfants qui ont développé d’autres qualités, qui ont leurs particularités. J’ai énormément appris sur des personnes face auxquelles on a tendance à détourner le regard. J’ai l’impression que notre société regarde le handicap avec une certaine indifférence. Nous sommes conscients qu’il y a des institutions qui les prennent en charge. Cependant, nous ressentirions de la gêne à interagir avec une personne en situation de handicap si elle venait s’asseoir à côté de nous. Pourtant, ce sont des êtres humains qui ont le droit de faire partie de la société au même titre que n’importe qui et qui ont la capacité de nous amener quelque chose. Je souhaite que le film contribue à faire changer le regard du spectateur sur ces enfants.

Fernand Melgar

Fernand Melgar naît en 1961 au Maroc dans une famille de syndicalistes espagnols exilés durant le franquisme. A l'âge de deux ans, ses parents l'emmènent clandestinement avec eux en Suisse où ils travaillent comme saisonniers. En 1980, il fonde à Lausanne le Cabaret Orwell, berceau de la musique underground de Suisse romande et, trois ans plus tard, il débute dans le cinéma. Ses documentaires sur l'accueil et l'expulsion des requérants d'asile – «La Forteresse» (2008) , «Vol Spécial» (2012) et «L’Abri» (2014) – ont obtenu de nombreux prix et suscité de vifs débats politiques.

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