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Féminicide de Peseux: 14 ans de prison pour le meurtrier

Le meurtrier a été condamné par le Tribunel criminel qui se tient dans la salle du Conseil général de l'Hôtel de Ville de Neuchâtel (archives). KEYSTONE/LAURENT GILLIERON sda-ats

(Keystone-ATS) Le Tribunal criminel du Littoral et du Val-de-Travers a condamné l’auteur du féminicide du 22 avril 2021 à Peseux (NE) à 14 ans de prison pour meurtre et à une expulsion du territoire suisse de 15 ans. Le Ministère public avait requis une peine de 15 ans de prison.

La Cour a retenu que le prévenu avait intentionnellement donné la mort à son épouse. «Le nombre de coups et les endroits frappés ne laissent pas de place au doute», a expliqué mardi le président du tribunal, Niels Favre.

Le tribunal n’a pas retenu l’humiliation dont aurait été victime le prévenu, ni le fait que sa femme l’ait poussé à bout et encore moins l’histoire du sort jeté par un marabout commandité par la victime. La capacité de discernement de l’accusé était intacte.

Les juges sont convaincus que le prévenu ment lorsqu’il dit ne pas se souvenir de ce qu’il s’est passé. Le meurtrier est passé à l’acte parce que la victime refusait de reprendre une relation conjugale avec lui. Pour la Cour, la manière du prévenu de rejeter la faute sur la victime démontre qu’il n’a pas pris conscience de son acte. La Cour n’a pas retenu la préméditation, ni le meurtre passionnel.

35’000 francs par enfant

A l’issue de la peine, l’accusé sera expulsé pour une durée de 15 ans du territoire suisse. Il est d’origine érythréenne tout comme la victime. L’accusé, qui a servi 12 ans dans l’armée érythréenne et qui l’a désertée, a déclaré qu’il sera en danger s’il est expulsé en Erythrée après sa détention.

Le prévenu a également été condamné à verser 35’000 francs pour chacun des trois enfants du couple pour tort moral.

Durant la matinée, le procureur Nicolas Feuz a requis 15 ans de prison. Avec 23 coups de couteau au visage, au thorax, au dos et aux membres supérieurs, «il y avait une réelle intention de tuer. Ce n’était pas un accident», a-t-il ajouté.

Le prévenu est arrivé en Suisse dans le cadre d’un regroupement familial, un peu plus d’un mois avant le meurtre. La victime, âgée de 34 ans et qui était en Suisse depuis 2017, avait fait «des démarches à contre-coeur» pour ce regroupement et uniquement pour qu’il soit plus proche des enfants.

«Elle ne lui pardonnait pas les violences domestiques commises au pays», a expliqué Nicolas Feuz. Selon le procureur, le prévenu avait des doutes sur une potentielle infidélité de sa femme, mais la victime ne la lui «a jamais confirmée». L’accusé a appris durant l’instruction que la victime avait subi deux IVG en Suisse et une fausse couche.

Le prévenu, qui n’a pas exprimé de repentir, «a sacrifié trois vies, en plus de celle de la victime», a déclaré l’avocate Valérie Maurer, représentante des enfants. L’accusé n’acceptait pas l’émancipation de sa femme et s’est senti humilié, a-t-elle ajouté.

Le prévenu s’en était pris à sa femme après le départ des trois enfants du couple pour l’école, à la suite d’une dispute. La victime lui aurait signifié qu’elle voulait se séparer de lui. Le quadragénaire a expliqué: «Je l’aimais. Je me suis senti trahi». Il a ajouté: «Après le premier coup de couteau, elle m’a dit qu’elle avait fait appel à un marabout».

Dans une impasse

«La colère a remonté. J’étais plus moi-même, j’étais pris par le marabout. Je ne me rappelle plus de la scène. Je tremblais et je pleurais», a ajouté le prévenu.

Pour Victoria Leuenberger, avocate de la défense, le prévenu se sentait «dans une impasse, car il nourrissait beaucoup d’espoirs en venant en Suisse». L’accusé était dans une situation émotionnelle terrible. Cette nouvelle dispute l’a plongé dans une colère. Il a été submergé par ses émotions, mais ne voulait pas tuer sa femme, a-t-elle ajouté.

L’audience s’est déroulée à huis clos partiel. Une très forte affluence était attendue et le tribunal voulait préserver la tranquillité et la sécurité de l’audience. «Il fallait aussi respecter la vie privée des enfants», a expliqué le président du tribunal. Ces derniers, toujours mineurs, ont été dispensés de comparaître.

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