ABB dans une mauvaise passe
Le groupe helvético-suédois a annoncé mardi 12.000 suppressions d'emplois dans le monde, dont 8000 licenciements. Le spécialiste de l'électrotechnique a vu son bénéfice net chuter de 76%, au premier semestre. Et les observateurs ne s'attendent pas à une amélioration dans le court terme.
«Nous sommes choqués», lance d’emblée Thomas Göttin, responsable de l’information au syndicat FTMH. Le programme de restructuration annoncé mardi par ABB coûtera environ 500 millions de dollars durant les 18 prochains mois. Un tiers des emplois seront supprimés par le biais de départs naturels.
ABB se refuse, pour l’instant, à préciser combien de personnes seront touchées en Suisse, où le groupe emploie 8200 personnes. «Nous aimerions que toute l’attention du groupe ne soit pas focalisée sur la Bourse, mais aussi sur ses employés, poursuit Thomas Göttin. Ce d’autant plus que les actionnaires ne le lui rendent pas forcément bien…».
Résultats décevants
Une allusion au fait que l’action de la multinationale a plongé mardi. A la clôture, elle avait perdu 17% à 19,60 francs. Une baisse de régime était annoncée, mais les analystes sont unanimes à trouver les résultats présentés mardi encore plus décevants que prévu.
Quelques chiffres: le bénéfice net du groupe a chuté de 76% au premier semestre. Le volume des commandes a également baissé de 7%. Le chiffre d’affaires a très légèrement progressé, de 11,068 milliards de dollars à 11,099.
Une partie de cette chute a une explication comptable. L’an dernier, ABB avait enregistré un gain extraordinaire, en raison de la vente d’une activité importante, la production de courant électrique.
La récession montrée du doigt
Mais cet élément n’explique pas tout. Les commandes ont également chuté, surtout au deuxième trimestre. Jörgen Centerman, patron du groupe, attribue ainsi les mauvais résultats actuels à la dégradation conjoncturelle.
«Il y a une très forte dégradation des performances, confirme Jean-Luc Lederrey, analyste financier à la BCGe. On remarque une baisse des marges dans tous les domaines, y compris le plus important d’ABB, celui de l’automation industrielle. Seules les activités pétrolières et de la pétrochimie font exception.»
Le futur ne s’annonce guère meilleur. Les analystes annoncent une conjoncture difficile et une baisse du volume d’activité durant les douze prochains mois. Le groupe ne s’y est d’ailleurs pas trompé: il a revu ses objectifs à la baisse.
Prévisions à la baisse
Jörgen Centerman compte toujours sur une croissance de 6% par année, en moyenne, jusqu’en 2005. En revanche, il n’espère plus atteindre une marge de bénéfice de 12% en 2005, comme il l’avait annoncé à son arrivée à la tête d’ABB. Désormais, le patron du groupe parle d’une marge de 9-10%.
Le groupe pensait notamment atteindre ces objectifs grâce à une nouvelle structure. Celle-ci prévoit d’offrir à chaque client l’ensemble des produits du groupe, ce qui augmente la demande.
Mais selon Eric Chassot, «ces objectifs étaient un peu irréalistes». Selon cet analyste chez Bordier, le client va peut-être passer d’autres commandes. Mais ne s’intéressera pas pour autant à toute la gamme de produits.
Réorientations
Cette réorientation devrait néanmoins avoir des effets positifs dans le plus long terme. «ABB a vraisemblablement aussi un problème d’efficacité, estime ainsi Jean-Luc Lederrey. Cette nouvelle organisation vise à résoudre cette difficulté, mais il faudra du temps pour obtenir des résultats».
Reste à motiver le personnel, qui a déjà connu des révolutions. Et des dégraissements. Au total, ABB a vu ses effectifs maigrir de 40 000 collaborateurs depuis 1997, selon des chiffres fournis par l’ATS.
Actif à l’origine dans les techniques destinées à l’industrie lourde, le groupe s’est notamment réorienté sur l’automation, secteur réputé pour avoir des marges plus élevées. Mais également plus exposé aux soubresauts d’activités «technologiques» plus volatiles.
Caroline Zuercher
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