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En Suisse, le chômage marque une nette décrue

Avec un taux de chômage incompressible, la Suisse affrontera la prochaine récession à partir d'une situation moins favorable. Keystone

Le nombre de chômeurs a augmenté en décembre en Suisse pour le troisième mois consécutif. Mais cette augmentation n'a rien d'inquiétant. Sur l'ensemble de l'année 2000, le chômage apparaît même au plus bas depuis 1992.

En décembre, il est monté à 69 724, soit une hausse de 4003 personnes par rapport au mois de novembre, pour un taux de 1,9 pour cent. Mais en moyenne sur les douze mois de 2000, la Suisse a compté 71 987 chômeurs, indique mardi le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco).

Cela correspond à un taux de chômage de 2 pour cent de la population active, après les 2,7 pour cent atteints l’année précédente. Pour le seul mois de décembre, ce taux a progressé de 0,1 point.

Le nombre des demandeurs d’emploi s’est, lui, élevé à 115 732, soit 3116 de plus qu’en novembre. Outre les chômeurs, ce chiffre comprend les personnes en quête d’un travail, mais qui temporairement ne sont pas considérées comme sans-emplois (en programme d’occupation ou au bénéfice d’un gain intermédiaire).

Quant au nombre de places vacantes annoncées aux offices régionaux de placement, il a diminué de 1342 pour refluer à 10 817. A l’heure de l’analyse, il apparaît que la forte baisse du chômage en 2000 provient avant tout du premier semestre, avec des effectifs tombés de 92 631 à 65 962 entre fin janvier et fin juin.

La performance a entraîné une contraction du taux de chômage de 2,6 à 1,8 pour cent. Ce type d’embellie s’est poursuivi au cours du second semestre, mais à une cadence ralentie. Plus globalement, selon le Seco, cette évolution est caractéristique d’un phénomène qui marque la Suisse depuis 1997.

A son plus bas en septembre, le taux de chômage est même descendu à 1,7 pour cent de la population active, un record depuis décembre 1991. Le renversement de tendance survenu dès octobre, sous l’effet de facteurs saisonniers, s’est traduit par des hausses de 624 chômeurs en octobre et de 2768 en novembre.

En moyenne, sur l’année, le chômage a atteint son niveau le plus bas depuis 1992, même si la manière de compter a changé (avec la création de la catégorie des demandeurs d’emploi). Le nombre de chômeurs en 2000 s’est ainsi révélé de 27 pour cent inférieur à celui de 1999, ce qui représente un contingent de 26 615 personnes

Mais le retour au quasi-plein emploi ne profite pas à chacun. Avec un taux de chômage incompressible, situé à 1,5-1,6 pour cent, la Suisse devra affronter sa prochaine récession à partir d’une situation moins favorable, la crise des années 90 ayant créé son lot de laissés-pour-compte.

Si le marché du travail reste bien orienté, la position des personnes les plus vulnérables ne semble pas s’améliorer. Ce qui fait dire au professeur d’économie genevois, Yves Flückiger, qu’à chaque récession l’on partira d’un niveau plus élevé de précarité.

Certains experts avancent un nombre s’articulant en centaines de milliers de personnes directement concernées par une période de chômage «destructrice» de capital humain. Selon Yves Flückiger, il y a là une grande différence avec ce qui se passait lors des sorties de crise des années 70 et 80.

«A l’époque, la reprise permettait de réintégrer à peu près tout le monde.» Aujourd’hui, l’on observe des difficultés croissantes pour les travailleurs peu ou moyennement qualifiés, qui ne parviennent pas à regagner leur place dans le circuit économique après plusieurs périodes de chômage.

Reste que, dopée par la reprise conjoncturelle, l’économie suisse a retrouvé de sa superbe entre 1999 et 2000, personne ne doutant de la réalité macro-économique de cette évolution. Selon Délia Nilles, la Suisse renoue avec un contexte de quasi- plein emploi, qui se traduit par un marché du travail en voie d’assèchement.

Il y a une pénurie de main-d’oeuvre qualifiée qui affecte notamment les métiers de l’informatique, précise l’experte lausannoise. Outre les individus pris dans la spirale de l’exclusion, le chômage accueille désormais des personnes entre deux emplois, un aspect qui souligne le phénomène de rotation.

Et la hausse de décembre 2000 n’a rien d’inquiétant, note encore la directrice adjointe du Créa. Elle s’explique par un mouvement largement saisonnier, alimenté par le secteur de la construction où l’activité est en fort recul en hiver.

De son côté, le Seco insiste sur l’effort d’adaptation des structures fourni ces dernières années pour expliquer l’importante baisse du chômage. «L’économie suisse est devenue plus dynamique et a gagné en capacité concurrentielle», se réjouit Jean-Luc Nordmann, chef de la Direction du travail.

Les experts se montrent également plutôt optimistes pour les mois à venir. Même si des incertitudes subsistent quant à l’ampleur du ralentissement conjoncturel qui sévit depuis peu aux Etats-Unis, relève Yves Flückiger. Mais une marge de manœuvre existe pour voir le taux de chômage descendre vers 1,8 pour cent en 2001, avance Délia Nilles.

swissinfo avec les agences

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