La Suisse interdit le porc autrichien
Inquiète des proportions que prend l'affaire des cochons contaminés, la Suisse est le premier pays à interdire toute importation de porc autrichien. L'Office vétérinaire fédéral (OVF) exige des garanties sanitaires. Une décision qui risque de coûter cher à l'Autriche.
A l’OVF, c’est par les médias que l’on a appris, le week-end dernier, l’affaire de la viande de porc contaminée aux hormones et aux antibiotiques.
«Dès lundi, nous avons demandé des informations à nos homologues autrichiens, explique Hans Wyss, numéro deux de l’OVF. Ne les ayant pas reçues mardi, nous avons décidé l’interdiction. Il s’agit, avant tout, d’une mesure prophylactique. Dès que l’Autriche sera en mesure de nous fournir la garantie que la viande que nous importons ne contient pas de produits interdits, nous pourrons lever l’interdiction».
«Pour l’heure, nous ne voulons prendre aucun risque, ajoute Hans Wyss. Nous effectuons régulièrement des tests aux frontières. Et, pour le porc autrichien, ils ont toujours été négatifs. Mais comme il est impossible de contrôler chaque pièce de viande, nous n’avions que le choix entre attendre les garanties demandées et tout interdire tout de suite».
Avec 10 000 tonnes importées par an, la Suisse est l’un des trois grands pays acheteurs de porc autrichien. La décision de l’OVF fait donc mal à l’Autriche. D’autant que les autres pays concernés, l’Allemagne et l’Italie, pourraient suivre l’exemple helvétique.
Lundi, déjà, Migros avait décidé de suspendre toute importation de porc en provenance d’Autriche. Aujourd’hui, le géant orange attend les mêmes garanties que celles demandées par l’OVF. Mais, ici comme ailleurs, l’interdiction ne risque pas de vider les étalages des supermarchés, puisque le cochon autrichien ne représente que 5% de la viande de porc consommée en Suisse.
Vienne doit donc faire vite, et bien. Or, l’affaire de ces porcs contaminés par des antibiotiques et des hormones de croissance – produits strictement interdits en Autriche et en Suisse depuis les années 80 – prend chaque jour une ampleur croissante.
Des descentes surprises effectuées par la police criminelle dans plus de 60 centres d’élevage de porcs ont permis de mettre au jour un très vaste trafic de produits illicites. Seize porcheries ont immédiatement été mises en quarantaine. La police y a saisi de nombreuses caisses de produits douteux, dont les éleveurs n’ont pas su expliquer clairement l’usage.
Ces produits proviendraient d’Allemagne, et seraient vendus sous le manteau par des vétérinaires véreux à certains éleveurs, qui se chargeraient ensuite, tels de véritables dealers, de les revendre à leurs collègues.
Dès que les résultats des analyses de ces produits seront connus, le ministre autrichien concerné a promis des mesures très sévères contre les éleveurs incriminés. Le parti écologiste autrichien l’accuse cependant d’avoir couvert de telles pratiques depuis des années.
Marc-André Miserez avec Paul Alexandre à Vienne
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