Les appellations d’origine contrôlée ont de la peine à décoller
La Tête de Moine pourrait être protégée dans trois mois, sauf opposition. L'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) a publié mardi la demande d'enregistrement d'appellation d'origine contrôlée (AOC). Le fromage de Bellelay pourrait ainsi entrer dans un club encore très restreint.
La Tête de Moine ne serait en effet que le quatrième produit helvétique à obtenir un label de qualité officiel. Depuis l’entrée en vigueur de l’Ordonnance fédérale sur les signes de reconnaissances, en 1997, seules trois certifications ont été accordées. C’est que la Suisse n’a pas une longue tradition des produits du terroir, à l’image, par exemple, de la France.
Depuis 1997, 27 produits ont pourtant fait l’objet d’une demande d’AOC ou d’IGP (indication géographique protégée), plus facile à obtenir. Mais la plupart des procédures sont actuellement bloquées, alors que l’objectif officiel était la certification de dix produits d’ici à la fin 2001.
«La législation sur les AOC et les IGP est nouvelle en Suisse, il a donc fallu expliquer et vulgariser ces notions, explique Frédéric Brand, adjoint scientifique à l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG). C’est d’ailleurs ce que nous faisons toujours».
Concrètement, la certification se fait en plusieurs étapes. Les demandes émanant de plusieurs entreprises, les conditions nécessaires pour obtenir une certification sont souvent décrites de façon vague.
«Notre tâche est alors de durcir ces exigences, afin de rendre le label plus crédible, poursuit Frédéric Brand. Cela engendre de longues négociations, surtout lorsque les partenaires sont nombreux».
Cette procédure terminée, la demande d’homologation est publiée. Cette deuxième étape correspond en quelque sorte à une mise à l’enquête, durant laquelle les oppositions sont enregistrées.
Et elles peuvent être nombreuses! Ainsi, la demande d’AOC du Gruyère a fait l’objet de 47 oppositions. Celles-ci portaient notamment sur la délimitation de la zone géographique. La zone de production de ce fromage s’est en effet étendue à la Franche-Comté et à la Suisse alémanique.
Bref, les conditions de base ne semblaient guère prêter à la création d’une AOC pour le Gruyère. Ce problème semble d’ailleurs assez général en Suisse. Notre pays n’a en effet pas de tradition des AOC, et ses productions ne se sont pas développées dans cet esprit.
En France, au contraire, un tel système d’enregistrement existe depuis 1932. «Du coup, le lien au terroir, la production traditionnelle des produits ont toujours été mis en valeur», estime Jacques Henchoz, président de l’Association pour la promotion des AOC et IGP.
Les agriculteurs suisses, eux, ont été habitués à une économie encadrée par l’Etat, dans laquelle AOC et IGP n’avaient pas leur place. Ils n’ont donc jamais éprouvé la nécessité de démarquer leurs produits, de les protéger ou encore de proposer une valeur ajoutée.
Dans ce contexte, l’Etivaz a échappé à la règle. Ce fromage est le premier produit helvétique à avoir obtenu une AOC. Et cela sans lever la moindre opposition.
C’est qu’il répondait à des critères rares en Suisse: la démarche de définition du produit a débuté dans les années 30 déjà. De plus, la filière ne regroupe pas plus de 80 producteurs, concentrés dans une même région. Finalement, la production s’est faite dans une tradition qui a perduré jusqu’à nos jours.
Mais Frédéric Brand espère que, avec l’expérience, les certifications se feront désormais plus rapidement. La Tête de Moine, elle, ne devrait pas poser de difficultés. «Il s’agit d’un des rares dossiers pour lesquels je ne vois pas d’où pourraient venir les oppositions», conclut Jacques Henchoz.
Caroline Zuercher
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