Les partisans de l’agriculture bio donnent de la voix
Alors que vache folle et OGM tiennent le haut de l'affiche, les partisans de l'agriculture bio proposent des alternatives aux méthodes traditionnelles ou futuristes de leurs concurrents. Mardi à Bâle, deux instituts de recherche et l'organisation faîtière des paysans bio suisses en présentaient quelques-unes à la presse.
La semaine dernière, le géant de l’agrochimie Syngenta annonçait l’établissement de la carte du génome du riz, en promettant qu’elle ne servirait pas uniquement à développer de nouvelles variétés transgéniques.
Alors que, parallèlement, le WWF mène campagne contre les organismes génétiquement modifiés (OGM) dans la perspective du passage du paquet Genlex devant le Conseil des Etats, il était temps que les chercheurs et les praticiens de l’agriculture bio sortent du bois.
«Nous voulions simplement rappeler que nos méthodes sont non seulement actuelles, mais également porteuses d’espoir pour l’avenir», explique Christof Dietler, directeur de Bio Suisse, l’organisation centrale des agriculteurs bio.
Ainsi, le docteur Urs Niggli, directeur de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), est venu rappeler l’énorme potentiel d’innovation existant dans ce domaine.
Un domaine dans lequel la Suisse peut parfaitement jouer un rôle de pionnier. Par exemple en développant une méthode américaine, qualifiée de «géniale» par un biologiste du FiBL, et qui consiste à utiliser les abeilles et les bourdons pour immuniser les fleurs du fraisier contre un champignon ravageur pour l’espèce.
L’astuce est de faire passer les insectes par une sorte de «bain de pieds» à la sortie de la ruche, afin qu’ils aillent déposer le produit dont ils viennent de s’enduire les pattes sur les fleurs en butinant. Un produit bien sûr 100% bio, puisqu’il s’agit d’un autre champignon, microscopique, inoffensif pour la plante mais mortel pour le parasite.
Aux avantages de la lutte intégrée – qui consiste à utiliser des prédateurs naturels pour détruire les vecteurs de maladie -, cette méthode allie celui d’un épandage tout en douceur, sans machines ni nuisances d’aucune sorte.
Autre exemple présenté mardi à Bâle: l’utilisation de la diversité biologique pour lutter contre un champignon qui détruit les plants de riz. Les essais sont menés à grande échelle depuis trois ans dans la province chinoise du Yunnan, où l’on est parvenu à faire baisser de 80% les quantités de fongicide répandus dans les rizières, dont par ailleurs la production a augmenté d’un cinquième.
La méthode consiste simplement à planter en alternance des rangées de deux sortes de riz, l’une étant particulièrement résistante au dit champignon. Et comme par miracle, sa seule présence suffit à protéger l’ensemble de la rizière.
Les partisans de ces méthodes douces ne sont pas pour autant opposés à toutes recherches dans le domaine génétique. Pour preuve, la présence mardi à Bâle du professeur Cesare Gessler, phytopathologue à l’EPFZ, venu présenter les perspectives que peuvent ouvrir des découvertes comme celle du génome du riz par Syngenta.
Globalement, les agriculteurs bio plaident pour le moratoire sur les utilisations commerciales des plantes transgéniques, mais comptent bien que les dix ans ainsi gagnés serviront à développer la recherche, notamment sur les dangers éventuels de la dissémination d’OGM dans la nature.
Et, comme le souligne Christoph Dietler, les partisans des méthodes de culture bio ne sont pas, et de loin, des réfractaires au progrès. A condition que ce progrès serve d’abord la connaissance, et non le porte-monnaie des géants de l’agrobusiness.
Marc-André Miserez
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