Maîtrise des passagers violents: Swissair passe à l’acte
Depuis le 1er janvier, les avions de la compagnie suisse sont équipés de menottes en plastique. Elles doivent permettre d´immobiliser les passagers agressifs. Pourtant, le syndicat du personnel de cabine reste sceptique face à la méthode.
Jusqu’à présent, pour faire face aux passagers turbulents, la compagnie suisse se contentait de miser sur le tact et le savoir-faire du personnel de cabine. Une méthode d’autant plus aléatoire que le personnel en question ne reçoit pas de formation spécifique en matière de psychologie.
Pour faire face à un problème qui préoccupe l’ensemble des compagnies aériennes, Swissair a ainsi décidé d’utiliser des méthodes plus musclées. A l’avenir, les passagers qui perturbent la quiétude, voire la sécurité d’un vol, peuvent se voir attachés à leur fauteuil grâce à des liens en plastique.
Reste qu’il n’est pas nécessairement aisé de neutraliser un forcené pour lui passer des menottes aux poignets «La formation du personnel de cabine débute ces prochains jours, précise Jean-Claude Donzel, porte-parole de Swissair. La compagnie se donne une année pour que chaque membre d’équipage soit apte à utiliser ce nouveau matériel».
Et Jean-Claude Donzel de rajouter: «nous sommes parfaitement conscients qu’une hôtesse de l’air ne sera pas toujours en mesure de venir à bout d’une personne récalcitrante. Raison pour laquelle nous comptons aussi sur l’aide des passagers».
Face à cette nouveauté, Kapers, le syndicat du personnel de cabine de SAirGroup, se montre réticent. Il souligne notamment que «le fait d’attacher un passager est une pratique dangereuse déconseillée par les polices du monde entier». «Et nous ne sommes ni formés ni entraînés pour effectuer des tâches policières» renchérit Georg Zimmermann, secrétaire du Kapers.
L’IATA, l’Association internationale des transporteurs aériens, tient un discours très mesuré. «Cette méthode ne doit être utilisée qu’en ultime recours, déclare William Gaillard, directeur de l’information à l’IATA. Un personnel bien entraîné peut aussi être très persuasif sans user de la violence».
Autant dire que les menottes préconisées par Swissair ne semblent pas faire l’unanimité. Reste que les protagonistes du transport aérien sont d’accord sur un point: le cadre légal permettant de poursuivre les passagers agressifs doit être amélioré.
Au plan international, les syndicats de personnel navigant exigent notamment que la loi permette aux autorités du pays de destination de poursuivre pénalement le comportement inadéquat d’un passager. Une telle législation n’existe pour l’instant que dans les pays anglo-saxons.
A en croire les statistiques, en trois ans, pour l’ensemble des compagnies, les cas de violences physiques ou verbales auraient été multipliés par cinq. Chez Swissair, on est moins alarmiste. «En 1996, nous avons enregistré 280 cas de passagers violents pour environ 9 millions de personnes transportées, rappelle Jean-Claude Donzel. En 1999, sur 14 millions de passagers, 500 ont posé des problèmes. La progression n’est donc pas spectaculaire».
Reste que toutes les compagnies tirent la sonnette d’alarme. Il est vrai que les retards des vols, le manque d’espace et la consommation d’alcool – autant de facteurs qui favorisent les comportements agressifs – ne sont pas prêts de disparaître.
Vanda Janka
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