OGM: le front du refus maintient la pression
La grande majorité des Suisses ne veulent pas d'OGM dans leur assiette. Les grands distributeurs n'en veulent donc pas dans leurs rayons, ni les paysans dans leurs produits. Le WWF, qui réclame un moratoire sur l'utilisation du génie génétique, présente ses arguments dans une brochure d'information.
C’est le lancement du soja transgénique par Monsanto en 1996 qui a lancé la controverse. Aujourd’hui, le front du refus des organismes génétiquement modifiés (OGM) réunit le WWF, les principaux distributeurs du commerce alimentaire, les consommateurs et plus récemment les paysans. Que ce soit Migros, Coop, Nestlé ou Novartis, personne ne vend des produits alimentaires contenant des OGM.
Présentée mardi à Berne, la brochure du WWF «Avec ou sans? Les OGM dans notre alimentation» confirme ce bilan réjouissant. Près de 75% des Suisses ne veulent pas consommer d’OGM.
Les grands distributeurs ont mis en place des filières d’approvisionnement séparées pour être en mesure de montrer patte blanche. Un choix qui entraîne des coûts importants. Par exemple, Stephan Baer, de la Fromagerie Baer SA à Küssnacht, avance une estimation de 2%.
Forte du constat que la Suisse est actuellement une «zone sans OGM», et soucieuse qu’elle le reste, le WWF ne relâche pas la pression pour autant. En effet, d’importantes lacunes subsistent dans la législation en vigueur: la déclaration n’est pas obligatoire pour les additifs alimentaires (vitamines, arômes, etc.), ni sur les emballages de viande et produits laitiers issus d’animaux nourris avec des fourrages contenant des OGM.
Ce dernier point est capital dans le contexte actuel, car «la crise de la vache folle a rendu les consommateurs très sensibles au mode de production et à l’alimentation des bêtes à viande», selon Françoise Michel, de la Fédération romande des consommateurs (FRC). En d’autres termes, il faut que l’Association suisse des paysans, qui a également renoncé aux OGM, bénéficie d’un appui politique.
Le marché ayant pris position, la balle est donc dans le camp politique. Or, le Parlement doit encore se prononcer ce printemps sur le projet Gen-Lex.
Convaincue que «les politiciens ne peuvent pas rester sourds aux revendications des consommateurs», Bernadette Oehen, chargée du dossier au WWF, demande une déclaration complète pour tous les produits contenant des OGM, une protection pour les producteurs et surtout un moratoire de dix ans dans l’agriculture suisse. Ce dernier point, toutefois, ne devrait pas obtenir l’aval des Chambres.
Par contre tous les protagonistes s’entendent pour rappeler que, si l’Union européenne a pris des mesures pour améliorer la traçabilité des OGM, des plantes transgéniques continuent d’être plantées en Amérique du Nord et du Sud. Il s’agit donc, selon la FRC, de veiller à ce que les mesures prises perdurent malgré une éventuelle pression commerciale. Mais on relèvera également avec le WWF, que même aux Etats-Unis, les voix hostiles aux OGM sont de plus en plus nombreuses.
Isabelle Eichenberger
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