Quel rôle pour les affaires étrangères
La conférence annuelle des ambassadeurs qui se tient cette semaine à Berne en témoigne: le ministère suisse des Affaires étrangères (DFAE) cherche un second souffle. D'autant que les grands dossiers du jour sont aux mains des autres ministères.
«C’est bien normal que le DFAE tienne tellement à l’adhésion de la Suisse à l’ONU. Il trouve dans ce dossier enfin une raison d’être». Pour impertinente qu’elle soit, cette boutade d’un collaborateur du gouvernement n’est pas dénuée de tout fondement.
Avec la fin de la guerre froide, la Suisse a en effet perdu une bonne partie de son rôle traditionnel de bons offices. Et, depuis, elle peine à se profiler sur la scène internationale.
Les refus par le peuple d’une adhésion à l’ONU, puis à l’Espace économique européen (EEE) n’ont fait qu’aggraver ce phénomène. Et, plus récemment, le rejet de l’ouverture rapide de négociations pour une adhésion à l’Union européenne n’a pas arrangé les choses.
La mainmise du ministère de l’Economie
Aujourd’hui, la Francophonie demeure la seule organisation d’importance mondiale ou le DFAE peut déployer tous ses talents. Les relations avec les autres organisations internationales sont, pour la plupart, gérées par les autres ministères.
A commencer par celui de l’économie. C’est en effet le département de Pascal Couchepin qui a la mainmise sur les dossiers suisses traités à l’OMC, à l’OCDE (le think tank des pays riches) ou à l’AELE (l’Association européenne de libre-échange).
Et ce sont encore des collaborateurs du ministère de l’Economie qui représentent la Suisse à la Banque mondiale. Avec, il est vrai, des membres de l’agence de coopération (DDC) qui dépend des Affaires étrangères.
Quant au Fonds monétaire International (FMI), l’autre institution issue des accords de Bretton Woods, c’est l’affaire du ministère des Finances.
La Suisse n’est pas une puissance politique
Ajoutons à cela que la plupart des conférences internationales auxquelles la Suisse participe traitent de questions (environnement, désarmement, fraude fiscale, sécurité) qui ne sont pas directement de la compétence du ministère des Affaires étrangères. Et qui lui échappent.
Pour Nicolas Imboden, rien de plus normal. «La Suisse est une puissance économique, mais pas politique, explique l’ancien délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux. Il est donc logique que la politique économique extérieure de la Suisse ait pris une telle importance.»
Cela dit, le Département fédéral des affaires étrangères n’est pas totalement exclu des négociations internationales impliquant la Suisse. «Même pour les négociations techniques, rappelle Nicolas Imboden, la contribution du DFAE est très importante. Sans le réseau de relations des Affaires étrangères, les idées défendues par la Suisse auraient bien peu de chance de passer.»
L’ancien haut fonctionnaire salue d’ailleurs les efforts faits par le Département de Joseph Deiss pour maintenir et développer ce réseau: «Un effort qui est peu spectaculaire, mais qui déploie tous ses effets à long terme».
Frédéric Burnand
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