Roche se plie aux exigences brésiliennes en matière de sida
Le Brésil a finalement réussi à faire plier Roche. Le géant pharmaceutique suisse accepte de baisser les prix de ses médicaments contre le sida. Cette affaire devrait avoir des répercussions importantes tant pour les industries que pour les pays en voie de développement.
Il s’agit d’une victoire décisive pour le Brésil. Au terme de négociations très dures avec Roche, le gouvernement avait entamé la procédure pour casser le brevet d’un médicament anti-sida produit par la firme helvétique, dont le prix était considéré excessif.
Détermination
Face à la détermination du ministre brésilien de la Santé, Roche a finalement accepté de baisser ses tarifs de plus de 40%. En outre, l’entreprise a proposé de fabriquer ce médicament au Brésil dès l’année prochaine. Le montant de l’investissement n’a pas été précisé, mais cela éviterait des importations qui sont devenues très chères depuis la dévaluation de la monnaie locale.
Ce produit de Roche entre dans la composition du cocktail de 12 médicaments administré avec succès aux malades atteints du sida. A lui seul, il consommait plus du quart du budget du programme anti-sida du Brésil, souvent cité en exemple à travers le monde. Cet accord va permettre de réduire cette proportion à environ 10%.
Il y a 6 mois, Merck avait déjà accepté de baisser le prix de deux autres médicaments d’environ 60%. Et Glaxo SmithKline se dit également disposé à fabriquer sur place deux autres produits employés dans la lutte contre le sida, en collaboration avec le gouvernement brésilien.
La lutte continue
Fort de cette victoire, le ministre de la Santé José Serra est disposé à poursuivre la lutte au plan international: «Nous allons défendre un prix différencié pour les pays en développement lors de la prochaine réunion de l’OMC (organisation mondiale du commerce) au Quatar», dit-il.
Officiellement, le président de la filiale brésilienne de Roche Ernest Egli affiche également sa satisfaction «d’être parvenu à un accord acceptable par les deux parties».
Toutefois, c’est surtout Roche qui a cédé aux exigences et à la détermination du Brésil. Une rupture totale aurait déplacé la polémique sur le terrain juridique, et l’intransigeance de l’industrie pharmaceutique dans une affaire liée au sida et au tiers monde aurait pu avoir un effet dévastateur auprès de l’opinion publique.
Autres entreprises dans le collimateur
Les démêlés des grandes entreprises suisses avec les autorités brésiliennes n’en sont pas pour autant terminés. José Serra poursuit en effet d’autres négociations avec Novartis (également actionnaire de Roche) pour déterminer le prix d’un nouveau médicament employé dans la lutte contre la leucémie, le Glivec, qui n’a pas encore été lancé au Brésil.
Le ministre n’a pas donné de détails sur l’état des pourparlers. Mais il y a moins d’un mois, il avait critiqué l’attitude «peu orthodoxe, peu suisse» de Novartis, qui demande un prix élevé pour ce nouveau traitement (évalué entre 1700 et 2400 dollars mensuels par patient).
L’industrie pharmaceutique mondiale a traditionnellement justifié ses tarifs élevés par la nécessité de financer la recherche et de découvrir de nouveaux médicaments plus efficaces contre la maladie. Mais elle se retrouve de plus en plus sur la défensive.
Thierry Ogier, São Paulo
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