Un ballon d’oxygène pour Swissair
Un accord a finalement été passé mercredi entre le Conseil fédéral et les grandes banques. Pour aider momentanément Swissair, la Confédération débloque 450 millions de francs et les banques 510 millions. Du coup, les 76 avions de la compagnie, cloués au sol depuis mardi, peuvent revoler.
Le gouvernement suisse a tenu plusieurs réunions d’urgence consacrées à Swissair. Une entrevue a par ailleurs eu lieu avec les représentants des deux principales banques du pays, l’UBS et le Credit Suisse Group (CSG).
L’accord intervenu entre les partenaires permet à Swissair de reprendre ses vols. Ceux-ci avaient été suspendus, parce que la compagnie n’avait pas les liquidités nécessaires pour payer le kérosène.
Pas de responsabilité politique
Dans les couloirs du Parlement, les élus se montrent naturellement très affectés par le sort de Swissair. Mais, à gauche comme à droite, ils n’entendent pas endosser une part de responsabilité dans ces évènements. Tous soulignent que Swissair était une compagnie privée et que ce n’est pas au monde politique de payer les pots cassés.
Mais au-delà du cas Swissair, c’est le processus de libéralisation qui est mis en cause. Or, pour les socialistes, aucun doute: en consentant à une privatisation à tout va, le Parlement s’est lui-même ôté les moyens d’agir. «Il n’est désormais pas étonnant que l’on se trouve dans une telle situation», relève le conseiller national Pierre Chiffelle (PS/VD).
«C’est une volonté délibérée de la droite de ce Parlement d’empêcher l’Etat d’agir qui maintenant aboutit à cette conséquence d’une impuissance programmée», poursuit Pierre Chiffelle.
A droite, le discours est tout autre. Certes, le cas de Swissair est triste, mais il ne remet pas en cause le processus de libéralisation. «Quand une entreprise n’est pas concurrentielle, ce n’est pas l’intervention de l’Etat qui va permettre qu’elle marche mieux», déclare le conseiller national Claude Ruey (Lib/VD).
D’ailleurs, Claude Ruey doute que le monde politique puisse faire mieux que le monde économique: «Comment voulez-vous que des députés de milice, dans un Parlement de milice, puissent savoir quelle est la meilleure stratégie ou pas…»
Et Claude Ruey de citer un contre-exemple au cas Swissair. Lorsque Swissair avait retiré ses vols long-courriers de Genève, la classe politique romande s’était, sous le coup de l’émotion, enthousiasmée pour le projet de compagnie romande SWA. Or l’échec fut cuisant.
Conséquence à long terme
Les députés de droite et de gauche se retrouvent au moins sur un point: le cas de Swissair pourrait avoir des conséquences sur les processus de libéralisation, notamment celle du marché de l’électricité. La conseillère nationale Marlyse Dormond (PS/VD) estime que le cas de Swissair montre aux citoyens «la limite extrême de ce que peut produire la privatisation d’entreprise».
Les élus de droite pensent également que la chute de Swissair aura des conséquences. Pour Claude Ruey, il y aura une influence liée à l’émotionnel. «Pour beaucoup de gens, il faut se réfugier dans les bras de l’Etat papa, parce qu’on croit que ça irait mieux», analyse l’élu vaudois.
Mais ces conséquences supposées ne sont pas appréhendées de la même manière. En effet, la gauche «espère» que le cas Swissair va ouvrir les yeux de la population vis-à-vis de la libéralisation à outrance. La droite, en revanche, «craint» qu’il ne freine un processus de libéralisation qui reste nécessaire.
«Lex Swissair»
Le Parti socialiste veut, en tout cas, agir sans tarder. Il a demandé mercredi que le Parlement se tienne une session extraordinaire pour élaborer une «Lex Swissair». Le PS réclame notamment que la Confédération reprenne 70% de Crossair.
Olivier Pauchard, Palais fédéral
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