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Une école pour fuir la misère des townships

La mine réjouie des écoliers d'Amsai en dit long sur leur état d'esprit. swissinfo.ch

Depuis plus dix ans, des entreprises suisses aident Amsai, une école primaire dans un des townships les pauvres de la périphérie de Johannesburg.

Près de 1’300 élèves étudient dans des classes superbes et un centre informatique moderne. L’école est leur seule chance de sortir de la misère.

«Mon nom est Tseko Moloi, j’ai 13 ans et j’habite à Orange Farm». Le garçon sourit, en montrant le texte qu’il vient de taper sur l’ordinateur. Dans la salle de classe, une quarantaine d’enfants s’initie aux rudiments de l’informatique.

La vingtaine de visiteurs suisses applaudit: ils ont financé eux-mêmes le centre ‘informatique’ de l’école primaire Amsai, inauguré en 1993: «C’est plus difficile d’y pénétrer qu’à Fort Knox», ironise Oskar Brandenberg, l’ex-directeur de Crédit Suisse-Afrique du Sud. «Mais alors que les vols d’ordinateurs sont une plaie dans les écoles sud-africaines, on n’en a perdu aucun!».

On comprend pourquoi : Le centre est ceinturé par une haute grille, surmontée de fils électriques et il faut ouvrir plusieurs portes grillagées pour pénétrer dans les trois salles de cours. Le soir, des cours y sont donnés aux gens du quartier.

Dans des cabanes en taules ondulées

Avec ces bâtiments pimpants et son jardin méticuleusement entretenu, l’école Amsai tranche avec la misère du quartier qui l’entoure. Cette école privée, créée en 1989 par une ONG indienne – Ananda Marga Universal Relief Team- se trouve au cœur d’Orange Farm, un immense township de plusieurs centaines de milliers d’habitants à 30 km au sud de Johannesburg.

Depuis vingt ans, le gouvernement s’est contenté d’y allouer des petits terrains aux gens venus de la campagne, en quête d’un travail à Johannesburg. Certains se sont construit des maisons, mais beaucoup habitent encore dans des cabanes en tôle.

«La plupart nos élèves sont élevés par leurs grands-mères, qui n’ont pas les moyens de payer les frais scolaires, pourtant limités à 20 francs par an, regrette le proviseur de l’école, Dayaran Padayachee. Mais nous préférons garder ces enfants car, ici, ils sont nourris et étudient dans un bon environnement».

Deux nouvelles salles

A l’école Amsai, le nombre d’inscrits a doublé en dix ans ! Pour désengorger les classes, qui accueillent une quarantaine d’élèves, les entreprises suisses vont financer la construction de deux nouvelles salles, qui s’ajouteront aux 16 construites en dix ans, avec l’aide du gouvernement suisse.

En 1997, l’école a été «adoptée» par le « Swiss Business Council » (SBC), qui compte 50 membres, dont toutes les grandes multinationales implantées dans le pays (Nestlé, ABB, Holcin, Novartis, Roche, Clariant, etc).

«Si vous venez uniquement ici pour faire du profit, cela laisse un arrière-goût amer dans la bouche des gens, confie Juerg Schalch (Bari international), ex président du SBC. Ici, le taux de chômage est énorme, la pauvreté, criante, et vu l’histoire spéciale de l’Afrique du sud, je crois que nous avons plus de responsabilités qu’ailleurs».

L’activisme des entreprises suisses

La plupart des entreprises suisses sont présentes en Afrique du sud depuis quatre ou cinq décennies: contrairement aux américaines et françaises, elles n’ont jamais désinvesti pour protester contre l’apartheid. Au contraire, les banques suisses ont été accusées d’avoir financé le gouvernement raciste blanc, au moment où il était soumis à des sanctions.

Les sociétés suisses cherchent-elles à se racheter une conduite? «Je ne dirais pas cela, répond Alexander Weissleder (Swiss Re). Nous avons des projets sociaux dans tous les pays où nous opérons». «Notre engagement a commencé en 1993, bien avant cette controverse», ajoute Oskar Brandenberg.

Le SBC a versé 300’000 francs suisses à l’école en huit ans, montant auxquels il faut ajouter les dons individuels des entreprises. Outre la construction des classes, les Suisses ont financé une variété de projets dans l’école: terrain de sports, fournitures scolaires, creusement d’un puits pour un projet d’horticulture, etc.

La Fondation «Carl Schlettwein», à Bâle, a également financé un programme de formation des institutrices aux méthodes modernes d’apprentissage de la lecture. Chaque classe a reçu 60 livres.

L’aide de la coopération suisse

Enfin, l’«Initiative de coopération Suisse-Afrique du sud » (Swiss-South African Co-operation Initiative, Sacci), financée pour moitié par les entreprises suisses, pour moitié par la coopération suisse au développement (Direction du Développement et de la Coopération, DDC), a versé 480’000 francs pour l’équipement et la formation des professeurs du centre informatique.

Ce projet n’est pas le seul financé par des entreprises suisses en Afrique du sud. A travers le Sacci, elles soutiennent de nombreux autres projets, dont le programme «I-fundi » de formation et stage en entreprise de 220 jeunes au travail dans des «call centers».

Tous sont assurés de trouver un emploi à l’issue du programme. « La plupart des jeunes qui terminent leur scolarité se retrouvent au chômage, explique André Lombard (Schindler), qui a accueilli 4 jeunes en formation. Il est essentiel de les aider !»

swissinfo, Valérie Hirsch, Johannesburg

L’Afrique du Sud n’est pas un pays prioritaire de la DDC.
L’ensemble de la coopération au développement de la Confédération s’est élevé à 15,2 millions de francs en 2004.
Le programme de la DDC a contribué à réaliser la transition dans l’après apartheid avec le moins possible de tensions sociales et de violences.
Limité dans le temps à fin 2004, il a été converti en programme régional pour l’Afrique australe, tout en maintenant un composant Afrique du Sud, avec comme priorité : gouvernance, VIH / sida, gestion des ressources naturelles.
Simultanément, le Département fédéral des affaires étrangères gère un programme de promotion de la paix.
Le Secrétariat d’État à l’économie soutient le développement des petites et moyennes entreprises.

– Amsai est une école privée, créée en 1989 par une ONG indienne.
– Inauguré en 1993, le centre «informatique » de l’école a été financé par des entreprises suisses
– Le nombre d’inscrits dans l’école a doublé en dix ans !
– Les entreprises suisses vont financer la construction de deux nouvelles salles, qui s’ajouteront aux 16 construites en dix ans, avec l’aide du gouvernement suisse.

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