2001 – Le temps, pourquoi et comment? Une ère, des ères…
Nous vivons donc en l'an 2001 de l'ère chrétienne. Mais ce n'est pas le cas pour toute la planète, et de loin.
Par exemple, un musulman n’a aucune raison de considérer la naissance de Jésus comme un événement fondateur. Pour lui, tout commence avec l’hégire, le jour où le prophète Mahomet a fui La Mecque pour se réfugier à Médine, en juillet 622 de l’ère chrétienne.
La communauté juive orthodoxe, elle, vit selon un calendrier bien plus ancien que le calendrier grégorien. Pour elle, nous sommes en plein 6e millénaire. Chez les chrétiens coptes d’Egypte, tout remonte au martyre des chrétiens d’Egypte en 284 de notre ère.
Dans la religion bouddhiste qui se base sur un calendrier lunaire, le nouvel an est célébré à la mi-février comme en Chine, en Corée et au Vietnam. Au Cambodge, en Thaïlande et au Laos, l’an 1 correspond à l’année 543 avant J.-C., 544 étant l’année de la mort de Bouddha selon la tradition cinghalaise. On parle en l’occurrence d’ère bouddhique.
Dans l’hindouisme, religion aux dieux et aux interprétations multiples, les fidèles disposent de plusieurs calendriers basés sur la cosmologie et qui font que nous sommes soit en 2057 soit… en 1922. Mais dans tous les cas, pour les hindous, une ère ne représente qu’une partie infime d’un temps éternel.
Malgré cette diversité, l’ère chrétienne assortie du calendrier grégorien, se sont largement imposés au niveau planétaire. Il y eut pourtant des tentatives de changement.
Par exemple, en France, l’ère révolutionnaire, ou «ère des Français». C’est par un décret daté du 5 octobre 1793 que la Convention instaura un nouveau calendrier, le «calendrier républicain», fondé sur une ère qui conciliait politique et cosmos: en effet, la proclamation de la République avait eu lieu le 22 septembre 1792, jour de l’équinoxe d’automne. Ère que Napoléon Bonaparte, devenu empereur, se dépêcha de supprimer.
Autre expérience relativement récente: le calendrier Bahà’i, du nom de ce mouvement spirituel d’origine iranienne qui compte environ six millions d’adeptes dans le monde. L’Ere bahá’íe commence en 1844 et le jour de l’an bahá’í, comme celui de la Perse antique, ou de l’Iran actuel, est défini par l’astronomie: il commence à l’équinoxe de printemps, autour du 21 mars.
Dernier tentative en date, l’ère proposée par une association américaine baptisée «Annus Spurius versus Annus Legitimatus», c’est-à-dire «l’année apocryphe contre l’année légitime». Cette association propose tout simplement de faire commencer le monde à la fin de l’ère glaciaire, il y a… 12 000 ans. Une manière, selon cette association, de prendre en compte toutes les civilisations.
L’événement fondateur qu’ils ont choisi n’est peut-être pas le plus mobilisateur qui soit, mais la démarche est respectable. Car on l’a vu, le choix d’une date pour la création d’une ère est un acte totalement artificiel. Une manière de focaliser l’histoire sur un événement que l’on veut fondateur. Un fait est d’ailleurs significatif: la plupart des ères ont en tout cas un point commun: elles ont été définies bien après l’événement qui les fonde.
Une forme de manipulation? Peut-être. En tout cas, une ère constitue autant un système politico-religieux qu’une référence temporelle…
Bernard Léchot
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