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Un vote pour la paix scolaire au Tessin

Affiche des partisans de l'école privée. Keystone

Les familles qui envoient leurs enfants dans des établissements privés doivent-elles bénéficier d'une aide de l'Etat? La lutte acharnée entre partisans et adversaires du financement des écoles privées tessinoises trouvera son épilogue au fond des urnes dimanche.

Les Tessinois vont pousser un soupir de soulagement après des semaines de débats publics passionnés, de manifestations, de lettres de lecteurs et commentaires dans les quotidiens locaux.

Plus de trois ans après le dépôt de l’initiative populaire intitulée «Pour un libre choix de l’école», ce scrutin mettra enfin un terme à une controverse qui a pris l’allure d’une véritable guerre de religion.

En fait, deux objets sont soumis au vote: l’initiative populaire, d’une part, qui demande que les parents dont les enfants fréquentent une école privée reçoivent au maximum la moitié de ce que coûterait leur formation dans une école publique et, d’autre part, le contre-projet du parlement. Celui-ci prévoit que l’aide financière de l’Etat sera limitée à la durée de l’école obligatoire.

Ces «bons à la formation» – ces «ticket scolastici» comme les appellent les Tessinois – se monteraient entre 1500 et 7500 francs par enfant et par année selon le revenu de la famille.

En théorie, même des millionnaires y auraient droit. Si elle devait être acceptée, l’initiative coûterait dix millions de francs par année au canton, le contre-projet cinq millions. Les citoyens devront par ailleurs répondre à une question subsidiaire: quel texte choisir si, d’aventure, tant l’initiative que le contre-projet devaient passer la rampe.

La question sur le financement ou non des écoles privées se résume en fait à un violent face-à-face entre cléricaux et anti-cléricaux. Au Tessin, la plupart des écoles privées sont en effet gérées par les catholiques. Nombre d’entre elles sont dans les mains du mouvement ultra-conservateur de «Communion et Libération».

Ainsi, quelques années après la controverse sur les crucifix dans les écoles, les Tessinois remettent ça. Durant la campagne, partisans et adversaires de l’initiative ont rappelé la figure du libéral Stefano Franscini (1796-1857), le premier Conseiller fédéral tessinois.

Libre-penseur, il est considéré comme le «père» des écoles publiques, qui, au 18ème siècle, s’étaient émancipées des instituts religieux. Or, les partisans des «bons à la formation» l’ont choisi pour orner leurs affiches. Et pour justifier ce choix, ils affirment que «Franscini, en tant que libéral, aurait sûrement voté oui».

C’est, pour eux, une question d’équité: les subventions, estiment-ils, représenteraient une toute petite partie des 700 millions de francs que le canton investit chaque année dans les écoles publiques.

Ils ajoutent que les familles qui envoient leurs enfants dans les écoles privées paient par ailleurs des impôts pour un système scolaire dont ils ne profitent pas.

Pour leur part, les opposants rétorquent que le Tessin dispose de bonnes écoles publiques qui garantissent la liberté de choix. Ils sont d’avis que l’Etat n’a pas à financer les établissements privés et qu’il existe le risque de l’apparition d’un système scolaire à deux vitesses.

Le gouvernement aussi est divisé sur la question. Il soutient officiellement le contre-projet proposé par le Grand Conseil. Quelques radicaux se sont ralliés à l’opinion de la Lega et du Parti démocrate-chrétien en faveur de l’initiative.

Les socialistes et l’ensemble des radicaux s’y opposent fermement de même que les syndicats – exception faite de l’Organisation chrétienne-sociale – et la plupart des enseignants des écoles publiques.

Gemma d’Urso, Lugano

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