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L’opération du pape pour un cancer redessine déjà le pontificat

Keystone-SDA

Alors que le pape Léon XIV poursuivait jeudi sa convalescence à l'hôpital après l'opération lui ayant retiré un nodule cancéreux au poumon, les questions se multiplient sur la manière dont la maladie pourrait influer sur son pontificat.

(Keystone-ATS) Le chef des 1,4 milliard de catholiques dans le monde s’est fait retirer une partie du poumon droit lors d’une intervention chirurgicale mardi. Le Vatican a indiqué que des examens complémentaires étaient en cours pour déterminer d’éventuels signes de propagation du cancer et, le cas échéant, le traitement adapté.

En attendant, le souverain pontife de 71 ans, né à Chicago, devrait rester au moins quelques jours supplémentaires à l’hôpital Gemelli de Rome.

Jeudi, il s’est levé après avoir passé une «bonne nuit», selon le Vatican. Les examens de routine «se sont révélés normaux», une radiographie thoracique ayant montré «une bonne récupération du poumon opéré», ont indiqué les médecins du pape, soulignant que sa convalescence «se poursuit normalement»

Une source au sein du service de presse du Saint-Siège a précisé que Léon XIV n’avait reçu aucune visite, à l’exception de quelques membres de son entourage, et qu’il avait pu travailler un peu à l’hôpital.

Transformer le pontificat

Mais des spécialistes estiment que ce diagnostic inattendu va, à certains égards, transformer en profondeur le pontificat.

«La maladie agit comme un carrefour dans un pontificat : soit elle en accélère l’élan, soit elle en diminue la force», a écrit jeudi l’expert Giacomo Galeazzi dans le quotidien La Stampa.

Selon Mikael Corre, correspondant du Vatican pour le journal La Croix, la perception de Léon XIV a changé. «Personne ne pensait revivre si tôt l’attente des bulletins médicaux, et pas avec ce pape-là, 69 ans au (moment du) conclave», au cours duquel il a été élu, a-t-il déclaré à l’AFP.

En mai 2025, Léon XIV, passionné de tennis – et assidu des salles de sport avant de devenir pape – est devenu le plus jeune homme à être choisi pour diriger l’Église depuis Jean-Paul II, près de 40 ans plus tôt.

«C’était le pape sportif, que l’on découvrait grand voyageur. Il peut le rester, mais il deviendra aussi un pape dont on scrute la santé», a ajouté Mikael Corre.

«Très prudent»

Léon XIV a annulé toutes ses audiences jusqu’au 20 octobre et ses projets de voyage à court terme sont incertains, notamment un déplacement au programme dense en Uruguay, en Argentine et au Pérou prévu du 6 au 17 novembre.

Il devrait, dans un premier temps, adopter un programme allégé, avec moins de rendez-vous et moins d’apparitions publiques.

«Je pense qu’il va vouloir se remettre immédiatement au travail autant qu’il le pourra. Je pense qu’il va se donner à fond», a estimé Elise Ann Allen, experte américaine du Vatican, qui a écrit une biographie du pape.

«Mais il est également très prudent. Léon comprend ses limites et il en tiendra compte», a-t-elle souligné auprès de l’AFP.

Pas de changement de style

Le premier pape américain de l’Histoire a progressivement imprimé son style à la direction de l’Église, s’exprimant sur certaines des questions les plus pressantes du monde, qu’il s’agisse des conflits ou de l’intelligence artificielle.

Il n’a pas non plus hésité à interpeller les dirigeants mondiaux, ni à se défendre face aux attaques du président américain Donald Trump.

«Nous n’allons pas le voir changer de style», a assuré Mme Allen.

«Des frayeurs comme celle-ci ont tendance à clarifier les choses, à mettre en lumière ce qui est important», a-t-elle ajouté.

«Je pense qu’il sera encore plus déterminé», a relevé l’experte américaine.

«Revoir ses priorités»

Certaines personnes au Vatican pensent que la maladie pourrait le conduire à «revoir ses priorités», avec moins de voyages et davantage de nominations, selon Mikael Corre.

Certaines nominations étaient déjà attendues dans un avenir proche : Léon XIV n’a encore créé aucun cardinal, ces «princes de l’Église» coiffés du chapeau rouge qui voteront lors du conclave pour élire son successeur.

Cinq responsables de dicastères (ministères) ont également atteint l’âge de la retraite (75 ans) sans avoir été remplacés.

Léon XIV a hérité d’une Église divisée, avec des courants libéraux et conservateurs qui se sont affrontés sous son prédécesseur François.

Alors qu’il est chargé de surmonter cette polarisation, certains au sein du Vatican espèrent que la maladie du pape le poussera à remplacer les proches alliés de François occupant des postes clés dans les dicastères par des personnalités plus conservatrices, a noté Mikael Corre.

D’autres s’attendent au contraire à le voir poursuivre ses efforts diplomatiques, qui ont déjà «apporté une grande stabilité», selon Elise Ann Allen.

«Je pense que cette crise de santé a encore atténué ces frictions», a-t-elle jugé.

«Elle a rassemblé l’Église catholique autour du pape Léon, dans un soutien très fort», a-t-elle poursuivi.

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