La moitié de Kiev privée de chauffage après des frappes russes
Des frappes russes massives ont fait au moins quatre morts et privé de chauffage la moitié des immeubles résidentiels de Kiev, poussant le maire à appeler vendredi les habitants à évacuer "temporairement" la capitale ukrainienne.
(Keystone-ATS) Cette nouvelle nuit de bombardements a vu l’utilisation, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, du missile balistique russe de dernière génération Orechnik, dans l’ouest de l’Ukraine. L’UE, Paris, Berlin et Londres ont vu une «escalade» de la part de Moscou dans l’utilisation de ce missile à portée intermédiaire capable d’emporter des ogives nucléaires.
Sur X, le Département fédéral des affaires étrangères a aussi fait part de son inquiétude face à l’utilisation par la Russie de missiles balistiques contre des infrastructures civiles en Ukraine. Et de condamner » dans les termes les plus fermes» de telles attaques contre des civils et d’appeler à nouveau au respect du droit international humanitaire.
La Russie a continué de pilonner l’Ukraine après avoir rejeté la veille le plan européen de déploiement d’une force multinationale dans ce pays après une éventuelle fin du conflit.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réclamé une «réaction claire» de la communauté internationale après cette attaque en pleine vague de froid, qui a touché une quarantaine de sites dans la capitale.
Privés de chauffage
Le parquet ukrainien a fait état de quatre morts et de 26 blessés. «La moitié des immeubles d’habitation à Kiev – près de 6000 – sont actuellement privés de chauffage», s’est alarmé son maire, Vitaly Klitschko, qui a exhorté ceux qui le peuvent à quitter «temporairement» la ville.
Dans une pique visiblement destinée à M. Klitschko, M. Zelensky a quant à lui appelé vendredi soir les autorités municipales à «ne pas fuir les problèmes mais à les résoudre, surtout là où il y a des ressources pour cela, comme à Kiev».
Les journalistes de l’AFP n’ont pas constaté d’affluence massive dans les gares routières et ferroviaires.
Des équipes étaient à l’oeuvre vendredi par des températures oscillant entre -7° et -12° pour rétablir au plus vite le chauffage dans la capitale, coupé pour 417’000 foyers, selon l’opérateur électrique privé DTEK.
«Où est l’Amérique ?»
Nina, 70 ans, qui vit dans l’un des immeubles touchés, s’est dite en colère que le monde parle d’un possible accord pour mettre fin au conflit au moment où la Russie bombarde. «Où est l’Europe, où est l’Amérique ?» a-t-elle lancé, interrogée par l’AFP.
Moscou a indiqué avoir frappé des «cibles stratégiques» en Ukraine, notamment avec son missile Orechnik, qui peut porter une charge nucléaire et atteindre une vitesse d’environ 13’000 km/h.
Selon le ministère russe de la Défense, ces attaques ont été menées «en réponse» à une tentative ukrainienne de frapper une résidence de Vladimir Poutine fin décembre, des accusations que l’Ukraine et les Occidentaux qualifient de «mensonge».
Le service ukrainien de sécurité (SBU) a publié des images de débris présentés comme ceux du missile Orechnik utilisé par Moscou pour frapper la région de Lviv (ouest). Il n’a pas précisé quelles cibles avaient été visées par l’engin ni l’ampleur des dégâts.
Des habitants de Roudno, en périphérie de Lviv, ont affirmé à l’AFP avoir entendu des explosions et certains ont signalé des coupures de gaz. «Il fait -18 à -20 degrés et il n’y a plus de gaz. Les gens ont des jeunes enfants, des familles. Comment peuvent-ils vivre sans pouvoir se réchauffer ?», s’est interrogée Slava, une femme de 70 ans.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, a estimé que l’attaque, dans une région située près de la frontière avec l’UE et l’Otan, était un «test pour l’alliance transatlantique».
Les dirigeants français, allemand et britannique Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer ont dénoncé les attaques «continues» de la Russie, «y compris l’utilisation d’un missile (…) Orechnik», qui constituent «une escalade et sont inacceptables», au cours d’un échange téléphonique vendredi.
Le missile Orechnik, qui ne portait pas d’ogive nucléaire lors de ces tirs, a été utilisé pour la première fois en 2024 contre une usine militaire située dans la ville de Dnipro, dans le centre-est de l’Ukraine.
«Cibles légitimes»
Près de quatre ans après le lancement de l’offensive à grande échelle du Kremlin, Moscou continue de bombarder l’Ukraine quasi-quotidiennement, ciblant notamment les infrastructures énergétiques et portuaires.
Kiev a accusé Moscou vendredi d’avoir frappé avec des drones deux cargos naviguant en mer Noire, causant la mort d’un marin de nationalité syrienne, après plusieurs attaques similaires ces dernières semaines.
En réponse, l’Ukraine vise également les infrastructures énergétiques russes. Quelque 556’000 personnes ont ainsi été privées vendredi matin de courant et de chauffage dans la région russe de Belgorod, frontalière de l’Ukraine, selon le gouverneur local, Viatcheslav Gladkov.
Ces nouvelles frappes interviennent alors que les discussions diplomatiques impulsées par le président américain Donald Trump ces derniers mois sur ce conflit semblent dans l’impasse.