Le boeuf aux hormones à nouveau sur la sellette
(Keystone-ATS) L’importation de boeuf aux hormones devrait rester possible en Suisse, alors que l’Union européenne (UE) y a renoncé depuis 1989 déjà. C’est ce que prévoit la révision de quatre ordonnances dont la procédure d’audition s’achève en fin d’année. Au grand dam des protecteurs des animaux et des producteurs suisses de boeuf.
Le cas de la viande aux hormones est réglé dans une de ces quatre ordonnances concernant l’importation, le transit et l’exportation d’animaux et de produits d’animaux (OITE). Ces dernières années, malgré diverses interventions, il ne s’est pas trouvé une majorité au Parlement pour l’interdire, alors que dans l’UE, la production comme l’importation ne sont plus autorisées depuis 25 ans.
La Suisse interdit certes depuis trente ans les hormones de croissance dans l’élevage bovin, pour des raisons éthiques et de protection des animaux. En revanche, l’importation d’une telle viande, en provenance des Etats-Unis, d’Australie et du Canada principalement, reste admise.
Pour le Conseil fédéral, une interdiction violerait des obligations internationales imposées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il estime aussi que le consommateur est suffisamment informé avec l’obligation de déclaration sur l’étiquette. Un devoir de déclaration plus strict est en outre prévu dans l’actuelle révision, incluant notamment les antibiotiques.
Importations en hausse
Pour la Protection suisse des animaux (PSA), c’est insuffisant. En continuant d’accepter ces importations, la Confédération soutient des pratiques contraires au bien-être animal, a indiqué à l’ats son directeur Hansuli Huber.
Citant des chiffres de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), M. Huber note en outre que les importations de viande de bovins potentiellement traités aux hormones de croissance ont augmenté de 28% à 1177 tonnes entre 2011 et 2013.
La PSA peut compter sur le soutien de l’Association suisse pour la viande bovine de qualité (Swiss Beef). Son président Urs Meier critique en effet une distorsion de concurrence.
De même, Martin Rufer, responsable du Département production, marché et écologie à l’Union suisse des paysans, juge «incompréhensible que la Suisse soit l’unique Etat dans l’espace européen à autoriser la viande aux hormones».
Il ne pense toutefois pas qu’une interdiction réunirait une majorité parlementaire. Les menaces de rétorsion de l’OMC pèsent trop lourd. «Nous devons tout faire pour qu’au moins la déclaration correcte de la viande aux hormones soit appliquée», conclut M. Rufer.