«La Suisse est un marché intéressant» pour l’ecstasy et les drogues de synthèse
Après le démantèlement en Europe d’un important trafic de drogues de synthèse, la RSI a demandé à un expert dans quelle mesure la Suisse pouvait être impliquée dans la production et le trafic de ces substances.
Le démantèlement d’un important réseau de production et de distribution de drogues de synthèseLien externe, actif dans plusieurs pays européens, a été annoncé la semaine dernière par Europol. L’opération a conduit à la fermeture de 24 laboratoires, à la saisie de plus de neuf tonnes de stupéfiants et d’environ 1000 tonnes de produits chimiques utilisés pour la fabrication de substances telles que la MDMA, l’amphétamine, la méthamphétamine et le cathinone.
Ce fait divers qui concerne l’Europe touche-t-il aussi de près la Suisse? Afin de comprendre dans quelle mesure notre pays peut être impliqué dans la production et le trafic de drogues de synthèse, la RSI a recueilli quelques réflexions de Frank Zobel, coresponsable du secteur Recherche et vice-directeur d’Addiction Suisse.
RSI: La Suisse est-elle concernée, directement ou indirectement, par des réseaux européens de production et de trafic de drogues de synthèse? Quel rôle occupe-t-elle aujourd’hui sur le marché – pays de transit, de consommation ou aussi de stockage?
Frank Zobel: Il est possible qu’une saisie de ce type ait aussi un impact en Suisse, même si, à l’heure actuelle, nous ne disposons pas d’informations suffisantes pour l’affirmer avec certitude sur la base de celles fournies par Europol. Il s’agit d’un pays où la consommation de drogues de synthèse – ecstasy, amphétamine et méthamphétamine – est relativement répandue. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un marché immense, il demeure néanmoins significatif pour ce type de substances.
Il est donc plausible que cette saisie puisse avoir, d’une manière ou d’une autre, des répercussions. En Suisse, un ou deux laboratoires ont été identifiés, mais de très petite taille: ce n’est pas un pays de production, mais surtout de consommation. En outre, il ne s’agit pas de réseaux criminels structurés; il s’agit souvent de consommateurs qui achètent de grandes quantités de substances pour ensuite les revendre dans le milieu de la nuit ou à des connaissances. Contrairement à des drogues comme la cocaïne ou l’héroïne, où opèrent des organisations bien structurées, il est surtout question ici de consommateurs et de revendeurs individuels.
Existe-t-il des vulnérabilités dans le système suisse qui pourraient être exploitées par des réseaux criminels internationaux?
C’est clairement un pays intéressant. La Suisse est riche, stable, et il est possible d’y investir beaucoup d’argent provenant de la drogue. Il existe toutefois des faiblesses: par le passé, plusieurs affaires liées à la mafia italienne ont éclaté et, à l’époque du secret bancaire, la situation était encore plus problématique.
Il s’agit donc d’un pays potentiellement attractif, notamment parce qu’il se trouve au cœur de l’Europe et dispose de nombreux réseaux de communication vers la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Autriche. D’un autre côté, la Suisse est un pays où la présence policière est forte et où les cantons sont très vigilants. Il n’existe pas de zones interdites à la police, comme c’est le cas par exemple en France, où, dans certaines banlieues, les forces de l’ordre n’entrent pas.
Quels signaux d’alerte Addiction Suisse observe-t-elle aujourd’hui concernant la situation en Suisse?
Ce que nous observons, c’est la diffusion de substances toujours moins chères, mais de plus en plus puissantes. C’est l’évolution des 15 à 20 dernières années et cela concerne, par exemple, la cocaïne, les drogues de synthèse et le haschisch. Ce sont des tendances que nous observons également au niveau international et qui, du point de vue de la santé publique, sont préoccupantes. Nous le constatons de manière particulièrement évidente dans la consommation de crack, présente partout en Suisse. C’est ce marché qui, à l’heure actuelle, nous inquiète le plus.
Quelles sont les stratégies de prévention en Suisse? Sont-elles adéquates?
La première stratégie, en Suisse comme dans d’autres pays, est l’interdiction des substances: la consommation, la possession, la production et la vente sont interdites. Cela a pour effet que de nombreuses personnes ne consomment pas de stupéfiants. Le revers de la médaille, c’est que celles qui en consomment le font avec des drogues dont la qualité est totalement inconnue. Nous n’arrivons pas à dialoguer avec ces personnes parce qu’elles se cachent et sont victimes de discrimination et de stigmatisation. C’est l’aspect négatif de cette politique.
Quel rôle jouent les services de drug checking (analyse de produits) dans la surveillance du marché et de l’émergence de nouvelles substances?
Ils jouent un rôle essentiel, car ils nous permettent d’accéder directement au marché et aux consommateurs. Ils nous permettent ainsi de comprendre quelles nouvelles molécules circulent, en plus d’en évaluer la qualité et les propriétés. Auparavant, nous ne disposions que des informations de la police. Avec le drug checking, nous atteignons d’autres publics, par exemple des personnes qui achètent des substances sur internet ou qui les préparent elles-mêmes.
Traduction de l’italien par un outil de traduction automatique / ptur
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.