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Les scientifiques du Jungfraujoch alertent sur les PFAS libérés par les climatiseurs de voitures

Oservatoire
Les scientifiques du Jungfraujoch détectent une hausse inquiétante des nouveaux fluides frigorigènes dans l'air, même en haute altitude. Keystone / Laurent Gillieron

Des scientifiques de la station de mesure du Jungfraujoch alertent sur une hausse inquiétante dans l’air de traces de nouveaux fluides frigorigènes, qui proviennent des systèmes de climatisation automobile. Ces derniers se dégradent en TFA, un polluant éternel de la famille des PFAS.

Le Jungfraujoch n’est pas qu’un col touristique prisé et un décor de carte postale. Construite il y a près d’un siècle, la station de recherche installée sur le rocher du Sphinx est l’un des sites de mesure les plus importants de Suisse. Et le laboratoire le plus haut d’Europe.

Pour les scientifiques, le col de la Jungfrau fait donc office de système d’alerte précoce. Si un nouveau polluant apparaît, même à des concentrations infimes, dans cet air isolé et pur de haute altitude, il est judicieux d’y regarder de plus près.

On y mesure non seulement les substances elles-mêmes, mais on peut également identifier leur origine. Parfois, la piste mène en France. Quelquefois en Allemagne. Souvent dans la plaine du Pô, en Italie du Nord. Et occasionnellement, elle mène directement à un produit utilisé des millions de fois par temps chaud: le climatiseur de nos voitures.

Les nouveaux fluides frigorigènes HFO

Les nouveaux fluides frigorigènes HFO (pour hydrofluoroléfine), contrairement à leurs prédécesseurs, ne sont plus des destructeurs d’ozone comme les CFC, interdits depuis longtemps, ni de puissants gaz à effet de serre comme les HFC employés par la suite.

Accès
L’accès au laboratoire Keystone / Christian Beutler

Mais ils présentent un autre inconvénient. Une fois libérés dans l’atmosphère, ils se décomposent en un PFAS extrêmement persistant: le TFA ou acide trifluoroacétique. «Ce dernier se retrouve ensuite dans l’environnement via les eaux de pluie et ne s’y dégrade pas», explique Stefan Reimann, chimiste de l’atmosphère au Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa).

Laboratoire moderne
Un laboratoire moderne à plus de 3500 mètres d’altitude, où les scientifiques ont identifié le nouveau fluide frigorigène HFO, qui circule des systèmes de climatisation automobile de la vallée jusqu’aux plus hauts sommets des Alpes. Barbara Reye/SRF

Début juin 2026, un comité de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a adopté une recommandation officielle qui vise à classer le TFA comme toxique pour la reproduction.

Climatisation automobile

Stefan Reimann et son équipe de l’Empa ont été les premiers au monde à mesurer ces nouveaux fluides frigorigènes HFO il y a quelques années. Ils sont principalement libérés dans l’air lors de fuites des systèmes de climatisation automobile ou lors d’opérations de maintenance.

Plus

Jusqu’à présent, les concentrations de HFO mesurées au Jungfraujoch étaient très faibles, mais la situation évolue. Depuis dix ans, les constructeurs automobiles sont tenus d’utiliser de nouveaux fluides frigorigènes. En Suisse, environ la moitié des véhicules utilisent désormais ce nouveau produit.

> Ecouter un extrait de l’émission Echo der Zeit de SRF 1 du 31 juillet 2026:

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L’objectif initial de son développement était positif: il est sans danger ni pour le climat ni pour la couche d’ozone. Cependant, en voulant résoudre un problème, les constructeurs automobiles en ont créé un autre.

De l’autoroute aux hautes montagnes

À la station de recherche du Jungfraujoch, le changement climatique se lit à ciel ouvert: la fonte spectaculaire du glacier d’Aletsch en est l’un des témoins les plus visibles. En revanche, les effets des nouveaux fluides frigorigènes restent invisibles. Du moins au premier regard. Car ces deux phénomènes sont liés. En plaine, des millions de personnes cherchent à échapper à la chaleur. La climatisation devient toujours plus indispensable.

Même dans le Palais de glace du Jungfraujoch, au cœur du glacier d’Aletsch, des systèmes de refroidissement fonctionnent pour empêcher la chaleur dégagée par les nombreux touristes de faire fondre la glace.

Les galeries du glacier d'Aletsch
Système de tunnels du glacier d’Aletsch: afin de maintenir le Palais de glace en bon état, les passages, les salles et les sculptures de glace sont régulièrement retravaillés par des maîtres glaciers. Barbara Reye/SRF

Rares sont les endroits qui concentrent autant de contradictions sur un espace aussi restreint: fonte des glaciers, tourisme de masse, recherche de pointe, besoin de confort thermique. Et des instruments de mesure qui détectent des traces de nos pollutions les plus quotidiennes, même dans ce qui est sans doute l’air le plus pur d’Europe.

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