Le National entame un débat animé sur le retour du nucléaire
La possibilité de construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse divise sous la Coupole. Lors du débat au National entamé lundi, le PLR, l'UDC et une partie du Centre ont dit y être favorables. La gauche, le PVL et une minorité centriste n'en veulent pas.
(Keystone-ATS) Les élus débattent du contre-projet indirect du Conseil fédéral à l’initiative populaire «De l’électricité pour tous en tout temps (Stop au black-out)». Les deux textes souhaitent rouvrir la porte à l’atome, en tablant sur de nouvelles technologies plus sûres.
Le Conseil des Etats s’est prononcé nettement en faveur du contre-projet en mars dernier. Au National, le dossier est plus controversé. La commission préparatoire a soutenu le contre-projet (qui modifie uniquement la loi) par seulement 13 voix contre 12.
Se garder une option
«Le contre-projet ne préjuge pas d’une future décision de construire de nouvelles centrales. (…) Il vise uniquement à supprimer une interdiction générale afin de préserver toutes les options susceptibles de contribuer à la sécurité d’approvisionnement dans un contexte marqué par des incertitudes géopolitiques et une demande d’électricité en hausse», a déclaré pour la commission Simone de Montmollin (PLR/GE).
Les énergies renouvelables ne suffiront pas à couvrir les besoins supplémentaires de 35 TWh, a ajouté le co-rapporteur de commission Mike Egger (UDC/SG).
La question centrale est de savoir si la Suisse peut se trouver une technologie pour remplacer le nucléaire. Une pénurie de 30% en hiver pourrait entraîner des dégâts économiques à hauteur d’un milliard de francs par jour, a-t-il mis en garde.
«Ruineux»
Au Centre, la prudence est de mise. Pour Stefan Müller-Altermatt (Centre/SO), «le nucléaire d’aujourd’hui est tout simplement ruineux.» Il a déposé une proposition de moratoire jusqu’à fin 2035 afin de mieux identifier les besoins énergétiques et d’évaluer les avancées technologiques, notamment nucléaires.
Dans la même logique, Priska Wismer-Felder (Centre/LU) propose de renvoyer le contre-projet au Conseil fédéral afin de clarifier le financement de nouvelles centrales. Elle s’inquiète des risques qui y sont liés, sachant que toute production électrique nécessite un soutien étatique. Pour elle, le projet en l’état revient «à naviguer à l’aveugle».
Mais le Centre est divisé, a indiqué pour son groupe Christine Bulliard-Marbach (Centre/FR). Une majorité est pour le contre-projet, tandis qu’une minorité est contre. Outre le financement, les déchets sont une autre raison de la réticence d’une partie des élus de ce parti.
Gauche et PVL vent debout contre
La gauche, elle, plaide pour une non-entrée en matière. Pas question d’accepter ce contre-projet sans qu’il y ait un réel approfondissement sur les questions financières, sécuritaires et de gestion des déchets, a relevé Martine Docourt (PS/NE). Mais pour Susanne Vincenz-Stauffacher (PLR/SG), ce n’est qu’en cas de projet concret que toutes ces questions devront être résolues.
Christophe Clivaz (Vert-e-s/VS) s’est irrité des lobbies du nucléaire et du pétrole qui brandissent le spectre d’une pénurie. «On a tendance à exagérer l’augmentation attendue des besoins en électricité», a-t-il lancé.
Aux dépens des renouvelables
Les centrales nucléaires cannibaliseront les investissements dans les renouvelables, a renchéri Marionna Schlatter (Vert-e-s/ZH). Les Vert-e-s ont d’ores et déjà promis le référendum au cas où le contre-projet passerait.
Les réacteurs récemment construits, à l’image de celui de Flamanville (F), ont vu leurs coûts exploser et ont pris des années de retard, a rappelé Céline Weber (PVL/VD). Selon elle, préciser le financement est indispensable.
Le débat, très animé, se poursuivra mardi. Sur la petite centaine de parlementaires qui ont demandé à parler à la tribune, il en reste encore 65. Il faudra donc attendre mardi pour les votes.