Le service de psychiatrie de Winterthour lance une enquête externe
Le service de psychiatrie de Winterthour (ZH) a lancé une enquête externe suite à l'attaque au couteau survenue jeudi à la gare de la ville. La clinique avait estimé que l'auteur des faits "ne présentait aucun danger pour lui-même ni pour autrui".
(Keystone-ATS) Cette enquête administrative externe a pour but d’examiner les procédures et les responsabilités qui ont conduit à la sortie de cet homme, ont indiqué vendredi les Cliniques psychiatriques intégrées de Winterthour (ipw). L’institution se dit choquée et profondément bouleversée par ces événements.
Placé lundi, sorti mercredi soir
L’homme de 31 ans souffre de troubles psychiques et avait été placé à titre préventif dans un établissement des ipw. Il s’était présenté lundi à la police municipale dans un état de confusion.
«A la clinique, il a été décidé qu’il ne représentait un danger ni pour autrui ni pour lui-même», a expliqué jeudi le ministre cantonal en charge de la sécurité, Mario Fehr (sans parti). «Apparemment, cette évaluation était erronée». Le suspect a quitté la clinique mercredi soir pour rentrer chez lui. Le lendemain, il agressait et blessait au couteau trois personnes, dont une grièvement.
Psychiatres pas informés des antécédents
Selon le psychologue et criminologue Jérôme Endrass, interrogé par la radio alémanique SRF, l’évaluation qui a mené à la décision de laisser sortir le patient était «naturellement erronée, après coup». Directeur de l’office cantonal zurichois d’application des peines et de la réinsertion, il rappelle toutefois qu’un psychiatre ne dispose pas des mêmes informations qu’un expert de la police scientifique.
En règle générale, les psychiatres n’ont que relativement peu de documentation sur leurs patients et surtout, aucun accès à leur dossier pénal ou à leur casier judiciaire, explique le spécialiste. Il appartient à la politique de déterminer si cet état de fait est encore adapté aujourd’hui ou si l’échange d’informations doit être amélioré, ajoute le haut fonctionnaire.
Terrorisme djihadiste «présent en Suisse»
Après avoir pris le relais, vendredi, du Ministère public zurichois en tant qu’autorité d’enquête, le Ministère public de la Confédération (MPC) a demandé la mise en détention préventive de l’auteur présumé de l’attaque au couteau. Le tribunal des mesures de contrainte doit encore se prononcer sur cette requête, précise le MPC à Keystone-ATS. L’enquête pénale a été ouverte pour tentative multiple d’assassinat et participation ou soutien à une organisation terroriste.
Pour établir les causes de l’attaque, les enquêteurs doivent faire la lumière sur le passé du suspect, explique le MPC. Ils privilégient actuellement la piste d’une attaque terroriste de cet islamiste âgé de 31 ans.
L’autorité d’enquête prend le cas très au sérieux. «Il illustre le fait que le phénomène du terrorisme motivé par le jihad reste très présent en Suisse», ajoute une porte-parole. La lutte contre ce phénomène constitue une priorité stratégique pour le MPC depuis plusieurs années.