Moustique tigre: Berne dévoile des mesures complémentaires
Pour lutter contre le moustique tigre, la Suisse souhaite compléter sa stratégie existante avec des mesures ciblant directement les insectes adultes. Le Conseil fédéral les a détaillés vendredi, en réponse à un postulat.
(Keystone-ATS) Le texte déposé par la conseillère nationale Sarah Wyss (PS/BS) demandait notamment de combattre rigoureusement les nouvelles espèces dès leur apparition ou un soutien fédéral à des projets reposant sur les connaissances scientifiques les plus récentes en matière de lutte contre le moustique tigre.
Estimant que les requêtes concernant les tâches de la Confédération étaient déjà réalisées, le Conseil fédéral a présenté les stades d’avancement des trois techniques complémentaires. Il a commencé par les pièges à moustiques combinant le dioxyde de carbone et d’autres substances attractives, qui sont utilisés pour attirer les moustiques tigres adultes afin de réduire localement les effectifs.
Reconnaissant que cette approche est efficace lorsque les pièges sont déployés à grande échelle, le gouvernement rappelle toutefois que des interrogations subsistent quant à la densité effective des pièges, à leur répartition, à l’impact des captures à long terme et à l’influence des conditions socio-économiques locales sur l’efficacité de cette approche. Le Swiss Tropical and Public Health Institute, associé à l’Université de Bâle, étudie certaines de ces questions dans le cadre du projet TIGER 2.0.
S’attaquer aux oeufs
Les deux autres approches testées visent à limiter la propagation du moustique tigre en s’en prenant à sa descendance. Appelées «techniques de l’insecte stérile (TIS)» et technique de l’insecte incompatible (TII)», elles visent à introduire un individu mâle stérile ou porteur d’une bactérie pour freiner la reproduction de l’espèce.
En plus d’être respectueuse de l’environnement, la TIS permet de réduire de 60 à 70 % supplémentaires les effectifs de moustiques tigres, si elle est déployée de manière rigoureuse. Ce chiffre ne peut toutefois être atteint que si cette technique est associée aux méthodes de lutte traditionnelles.
Le Conseil fédéral note quand même que la TIS est «nettement plus complexe à mettre en œuvre et environ trois fois plus chère que le contrôle intégré des vecteurs». En Suisse, la production de mâles stériles est actuellement à l’étude et pourrait devenir opérationnelle à l’horizon 2027-2028.
La TII présente un potentiel de performance supérieur à celui de la TIS. Elle est utilisée principalement dans les régions où les maladies transmises par le moustique tigre sont, contrairement à la Suisse, très répandues.
Autre limite, la bactérie utilisée est déjà présente chez le moustique tigre en Suisse, du moins au Tessin, il est fort probable que les populations locales aient développé une résistance à cette bactérie. De plus, son impact écologique est difficile à évaluer. Pour le Conseil fédéral, cette approche n’est pas encore privilégiée en Suisse, mais pourrait constituer une piste à l’avenir après une mise en œuvre réussie de la TIS.
Un plan en deux phases
Ces mesures doivent permettre de compléter les deux champs d’actions prioritaires. Dans les cantons où le moustique tigre n’est pas encore présent ou n’a été observé que sporadiquement, il est recommandé d’éradiquer les foyers d’infestation détectés.
Dans les cantons où le moustique tigre est déjà bien implanté (phase 2) ou dans lesquels des cas importés de maladie ont été détectés (phase 3), la priorité est de renforcer la lutte contre le vecteur, notamment par l’application de larvicides, écrit le gouvernement.
Les signalements de moustiques tigres n’ont cessé d’augmenter en Suisse ces dernières années. En 2025, 2639 signalements ont été enregistrés au total, dont 2537 (96%) exploitables. Parmi eux, 774 (31%) concernaient des moustiques tigres. Les régions les plus touchées sont Genève, Bâle et le Tessin.