Des sueurs froides pour la classe politique
Le gouvernement et la classe politique ont senti le vent du boulet. Il s'en est fallu d'un rien pour que l'initiative «contre les abus dans le droit d'asile» passe.
Désormais, ils devront prendre les inquiétudes de la population un peu plus au sérieux.
Le gouvernement et les partis politiques craignaient que l’initiative de l’Union démocratique du centre (droite dure) ne passe la rampe. Elle aurait en effet pratiquement mis un terme à la tradition humanitaire de la Suisse.
Très près de la catastrophe
Un scénario qui aurait certainement eu des conséquences néfastes pour l’image de la Suisse à l’étranger. Le Haut commissariat pour les réfugiés l’avait d’ailleurs bien rappelé, en demandant au peuple suite de refuser ce texte.
Au soir des votations, la classe politique suisse est donc passée très près de la catastrophe, puisque l’initiative a été acceptée par une majorité des cantons (douze et demi contre dix et demi) et refusée que par 50.7% des citoyens.
Il est à remarquer que des résultats aussi serrés sont très rares. Jusqu’à présent, le cas le plus connu était celui du vote sur l’Espace économique européen. Il avait été refusé par 50,3% des votants. C’était un certain 6 décembre 1992…
Par ailleurs, il est tout aussi rare que la double majorité ne soit pas atteinte. Depuis la création de l’Etat fédéral moderne, en 1848, ce cas s’est présenté moins d’une dizaine de fois.
Un pays coupé en deux
Les résultats du vote de dimanche montrent que la Suisse est coupée en deux. Pour une fois, cette fracture ne recouvre pas la frontière des langues, puisque certains cantons alémaniques (Berne, Zoug, Lucerne, Bâle-Ville) ont eux aussi refusé l’initiative, tout comme les cantons latins.
La carte des résultats montre plutôt que, sur la question de l’asile, la Suisse est divisée entre une partie occidentale et une partie orientale et centrale.
Mais quelle que soit la ligne de fracture, les résultats montrent bien que le thème de l’asile constitue un problème pour toujours davantage de Suisse.
Des signes avant-coureurs
Ces résultats ne sont d’ailleurs pas vraiment étonnants. Il faut en premier lieu considérer la situation en Europe.
Un peu partout, la droite populiste y a progressé au cours des derniers mois. Et partout, les étrangers et les requérants d’asile y ont constitué des thèmes de campagne qui ont contribué à leur succès.
En Suisse également, ces thèmes reviennent d’une façon récurrente. Ce n’est en effet pas la première fois que les citoyens sont appelés à se prononcer sur les abus dans le droit d’asile ou sur la proportion d’étrangers présents sur le territoire.
Or, les autorités ne semblent pas donner l’impression de maîtriser l’afflux des étrangers. Du coup, le nombre de citoyens attirés par les thèses de la droite dure augmente régulièrement.
Même à Genève, ville qui a pourtant une très longue tradition d’accueil et d’ouverture. Le fait que l’initiative de l’UDC y ait recueilli presque 40% des suffrages est symptomatique du climat ambiant.
L’UDC tient le couteau par le manche
La question des abus dans l’asile ne prend pas fin avec le vote de dimanche. En effet, le Parlement doit encore se prononcer sur une révision de la loi fédérale sur l’asile proposée par le gouvernement.
Cette révision contient, sous une autre forme, certains points contenus dans l’initiative de l’UDC. C’est notamment le cas du principe de l’Etat tiers sûr et de la condamnation des compagnies aériennes qui transportent des passagers sans papiers valables.
Forte de son succès de dimanche – car c’est bien d’un succès dont il faut parler – l’UDC devrait être en mesure d’orienter les autres partis vers ses positions.
Faute de quoi, le parti de Christoph Blocher pourrait bien brandir la menace du référendum contre la révision de la loi sur l’asile. Un risque que les autres partis ne devraient pas prendre, compte tenu des résultats de dimanche.
swissinfo/Olivier Pauchard
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