L’Europe toujours aussi loin des Suisses
Neuf ans après le refus de l'Espace économique européen, l'eurobaromètre helvétique affiche toujours une majorité d'opposants à l'Union européenne.
Il y a des dates fétiches. Le 6 décembre 1992, par exemple. Ce jour-là, une courte majorité de citoyens disait non à l’adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen. Les cantons, beaucoup plus clairement, ne voulaient pas en entendre parler.
L’Institut de recherches GfS, qui tient régulièrement à jour son «eurobaromètre», n’a pas oublié cet anniversaire. Son dernier sondage, publié mercredi, démontre en tout cas une stagnation de l’idée européenne dans l’opinion publique suisse.
39% seulement des 991 personnes interrogées au mois d’octobre se sont déclarées favorables à l’entrée de la Suisse dans l’Union européenne. Cela fait un pour cent de moins qu’en juin. Les opposants demeurent les plus nombreux: 45%.
L’image de l’euro s’améliore
Mais l’intérêt de ce nouveau sondage est ailleurs. Dans moins d’un mois, l’euro va faire son apparition dans les porte-monnaies européens. Les Suisses, bon gré mal gré, vont devoir apprendre eux aussi à compter dans la monnaie unique. Et pas seulement lorsqu’ils passeront les frontières.
Selon le sondage GfS, l’acceptation de l’euro progresse, lentement mais sûrement. Plutôt négatifs il y a deux ou trois ans, les Suisses, depuis quelques mois, s’affichent beaucoup plus optimistes. Ils ne sont plus que 44% à s’en méfier, contre 40% qui se disent confiants.
Dans le camp des sceptiques, on s’inquiète surtout des possibles répercussions négatives que l’introduction de l’euro aura sur l’économie suisse. C’est dans les régions rurales, tributaires des activités touristiques, que cet argument semble le plus porteur de méfiance.
Sentiment inverse dans les villes: Claude Longchamp, directeur de l’Institut GfS, a l’impression qu’en Suisse on en sait même un peu plus que dans certains pays voisins sur les impacts de la nouvelle monnaie.
L’adhésion aux oubliettes
Cette relative appréciation de l’euro dans le cœur des Suisses ne doit cependant pas cacher leurs réticences de plus en plus flagrantes face aux institutions européennes, en particulier sur des thèmes comme la démocratie directe, la TVA ou le secret bancaire.
Claude Longchamp en déduit que «la volonté de faire des compromis envers l’Europe est devenue assez faible» dans l’opinion publique suisse. Autrement dit: l’acceptation des accords bilatéraux n’était pas une avancée vers l’Union européenne, mais un appel à une politique hors adhésion.
Bernard Weissbrodt
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