Une longue attente
On attendait une opération coup de poing pour vendredi. En vain. C'est donc finalement durant la nuit que la police fribourgeoise est intervenue. Scénario d'une longue journée.
11 heures: le préfet de la Sarine arrive à Saint-Paul entouré de quelques policiers. «On me dit que les lieux sont toujours occupés, déclare Nicolas Deiss. Je n’ai aucune raison de ne pas le croire.» Le préfet annonce alors qu’il a donné l’ordre au commandant de la gendarmerie d’évacuer les lieux.
Certains applaudissent… Des habitants du quartier hostiles aux sans-papiers. «Rentrez à la maison, lance l’un d’eux. Ici, on est chez nous.» Les autres huent le préfet. «Ponce-Pilate est ressuscité», crie un militant venu soutenir les occupants de l’église.
Atmosphère détendue
Quelques brefs instants de tension. Quelques accrochages verbaux entre les deux parties. Les seuls de la journée. Pour le reste, les quelque 80 sympathisants s’occupent. Ils chantent, lancent des slogans, écoutent les discours. Tous attendent.
Parmi eux, des conseillers nationaux: Ruth Gaby Vermot (PS/BE), Joseph Zisyadis (POP/VD), Liliane Chappuis (PS/FR) et Patrice Mugny (Verts/ GE). Ou encore le chanteur vaudois Michel Bühler venu lui aussi soutenir les sans-papiers avec ses mots et sa voix.
L’hommage à l’abbé Koch
L’une des membres du mouvement de soutien au collectif lit alors un «J’accuse», manifeste dédié à l’abbé Koch, fervent défenseur des sans-papiers, décédé mercredi soir. Le manifeste dénonce «l’hypocrisie du gouvernement» et accuse Mgr Genoud de «duplicité» pour avoir affirmé publiquement son soutien aux sans-papiers, alors «qu’en fait, il prend le parti du pouvoir.»
Où sont passés les sans-papiers?
Ensuite… L’attente, encore. Le repas s’organise. Les plus jeunes jouent au ping-pong ou au foot. Les plus âgés font une sieste. L’atmosphère est détendue. A croire qu’il n’y a plus d’enjeu pour ceux qui sont à l’intérieur.
Et pour cause. Les «vrais» sans-papiers, eux, sont partis. Ils ont trouvé un nouveau refuge. 30 des 84 occupants de l’église ont été accueillis au centre d’art contemporain Fri-Art, à Fribourg. Pas une occupation. Ils ont été invités. A Saint-Paul, il ne reste plus que les sympathisants: des Suisses ou alors des étrangers aux papiers bien en règle.
C’est à 19 heures 30 seulement que la presse l’apprend… «Il fallait assurer la sécurité de ces hommes et ces femmes menacés d’expulsion», justifie le syndicaliste Jean Kunz, coordinateur du mouvement.
Le mouvement veut s’étendre
Une cinquantaine de personnes vont tout de même rester à Saint-Paul. «Nous avons besoin de ces locaux», ajoute Jean Kunz. Le mouvement a déjà déposé, vendredi, à la chancellerie cantonale, une liste complémentaire de 19 personnes, dont il demande la régularisation. Il entend bien poursuivre son action.
L’objectif: tenir jusqu’à la session d’automne des Chambres fédérales qui doivent se pencher sur la révision de la loi sur les étrangers. L’espoir: que le mouvement s’étende. Egalement en Suisse alémanique.
Alexandra Richard
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