Agitation dans un pays divisé
La presse suisse est unanime: le gouvernement a perdu la votation sur l'initiative «contre les abus dans le droit d'asile».
Pour les analystes, le fait que la moitié des citoyens n’a pas hésité à rejeter la tradition humanitaire helvétique donne à réfléchir.
Certes, les chiffres donnent la victoire aux opposants à l’initiative. Mais, pour plusieurs commentateurs, avec un vote aussi serré, la victoire des opposants relève surtout d’un «hasard arithmétique».
Victoire politique
En fait, la victoire politique appartient à l’Union démocratique du centre (UDC). C’est ainsi que Le Temps peut titrer: «L’échec triomphal de l’UDC».
Et le grand quotidien romand d’ajouter: «En termes politiques, il n’est pas trop fort de parler de victoire du parti de Christoph Blocher.»
Et s’il y a un gagnant, il y a forcément un perdant. Or, pour de nombreux éditorialistes, les vrais perdant de cette votation sont les opposants à l’initiative qui n’ont pas su faire barrage aux thèses simplistes de l’UDC.
Ce résultat est notamment une véritable gifle pour le gouvernement, qui voit sa politique d’asile désavouée. «Pour un peu plus de 3000 voix, note la Tribune de Genève, le Conseil fédéral échappe à une grave remise en cause de son autorité.»
D’ailleurs le Blick ne s’y trompe pas. Pour lui, la ministre de la Justice et Police, la démocrate-chrétienne Ruth Metzler, a raté ce rendez-vous électoral. «Metzler a perdu», titre le grand quotidien populaire alémanique en gros caractères.
Responsabilités multiples
De nombreux chroniqueurs se demandent, bien sûr, comment les Suisses ont pu pratiquement accepter une initiative qui aurait mis un terme à la tradition humanitaire du pays.
Pour un certain nombre d’entre eux, ce résultat démontre qu’il existe un malaise par rapport à la politique des étrangers menée par les autorités.
«En démocratie directe, note ainsi la Tribune de Genève, le pouvoir doit constamment prouver qu’il mérite la confiance des citoyens. Or sur la politique des étrangers – l’asile n’en étant qu’un aspect – le ras-le-bol populaire ne cesse de croître.»
D’autres commentateurs insistent sur la faible résistance que les adversaires de l’initiative ont opposé à l’UDC. C’est ainsi que La Liberté écrit: «A part des prises de position mollasses et dégoulinantes de bonnes intentions, ils n’ont pas trouvé un rond pour contrer l’initiative xénophobe».
Le Matin défend une position à peu près identique: «L’UDC a réussi, à travers une campagne d’une forte intensité, à faire croire que notre législation déjà restrictive, était trop laxiste. Et les démocrates du centre ont eu la partie d’autant plus facile que les radicaux et le PDC les ont laissés faire».
Que faire de la droite dure
Les résultats du vote de dimanche montrent qu’il faut encore compter avec l’UDC.
«Ne le cachons pas, ce quasi-triomphe de l’UDC constitue un tremblement de terre politique, écrit Le Temps. Il serait illusoire de vouloir le minimiser comme on le perçoit déjà dans l’écho des premières réactions des ténors bourgeois.»
Pour les éditorialistes, les autres partis devront prendre en compte les positions de l’UDC lors de la prochaine révision de la Loi fédérale sur l’asile. Une révision qui reprend, sous une autre forme, quelques-unes des thèses de l’initiative, comme, par exemple, le principe de l’Etat tiers sûr.
Mais, surtout, la presse se demande s’il convient ou non de mieux intégrer dans le gouvernement un parti qui réussi à lui seul à mobiliser la moitié des citoyens suisses.
Deux thèses s’affrontent, que résume Le Temps: «Soit il faut sanctionner un état de fait et bouter l’UDC hors du gouvernement. Soit il faut oser intégrer pleinement l’UDC blochérienne au sein du collège».
Pour certains commentateurs l’UDC doit rester en marge du gouvernement. «On se demande, se demande par exemple La Liberté, si le parti de Christoph Blocher qui défend des idées aussi cyniques et contraires à nos traditions humanistes ne devrait pas être expulsé du Conseil fédéral et rejeté dans l’opposition.»
D’autres, en revanche, estiment qu’il faut davantage impliquer l’UDC dans le gouvernement et lui accorder un siège supplémentaire au Conseil fédéral.
«La mise à ban du parti de Blocher en 1999 a été lourde de conséquences, rappelle la Tribune de Genève. Cela a permis à l’UDC de jouer les martyres et de pratiquer à fond l’opposition.»
En effet, une droite dure davantage impliquée dans le gouvernement devra prendre des responsabilités. Or, confrontée à ses propres contradictions, l’UDC risque bien de «s’éteindre» comme le parti de Jörg Haider en Autriche.
swissinfo/Olivier Pauchard
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