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Derrière l’image d’un élu irréprochable, une affaire qui bouleverse la Suisse

PRISON
L'auteur présumé des faits est en détention provisoire depuis trois ans. (Photo d'illustration) Keystone / Michael Buholzer

Pris sur le fait en pleine nuit dans une chambre d’enfant: un homme est accusé d’avoir drogué et violé jusqu’à 200 fois ses deux compagnes successives ainsi qu’une mineure. Cette affaire, sans précédent à bien des égards, ébranle le pays.

Quels sont les faits connus?

Un ancien politicien suisse de 57 ans est accusé d’avoir drogué et violé à de multiples reprises deux femmes et une mineure. Le Ministère public lui reproche une série d’infractions particulièrement graves, notamment des viols, des agressions sexuelles, des actes d’ordre sexuel sur des enfants et des infractions liées à la pornographie, le tout à de multiples reprises.

L’acte d’accusation retient également plusieurs tentatives de meurtre. Selon le Ministère public, l’administration de médicaments destinés à endormir les victimes aurait pu entraîner leur décès. «Nous ne parlons pas ici d’un expert, comme un anesthésiste dans une salle d’opération, mais d’un profane, souligne un porte-parole du Ministère public. Il ne pouvait pas maîtriser les effets de ces substances sur le système cardiovasculaire de ses victimes.»

Qui est l’accusé?

L’accusé est un ancien élu de l’UDC au parlement cantonal argovien. Dans sa commune, il avait siégé à la commission fiscale, tandis qu’il travaillait comme chef de projet dans une entreprise informatique. En politique, il défendait une ligne dure en matière de sécurité et d’ordre public. Il s’était notamment engagé contre la criminalité étrangère. Il avait aussi cosigné une interpellation demandant que les pédocriminels soient interdits d’activité professionnelle.

Le principe de la présomption d’innocence s’applique au prévenu. Selon sa défense, il conteste des pans importants de l’acte d’accusation. Il est en détention provisoire depuis trois ans.

Qui sont les victimes?

Les trois victimes ont vécu sous le même toit que le prévenu à des périodes différentes. Selon le Ministère public, son ex-femme aurait été droguée et violée environ 140 fois. Peu après la séparation du couple, le prévenu a rencontré ses victimes suivantes lors de vacances en Espagne en 2021: une mère célibataire originaire de Pologne et sa fille, âgée de 14 ans.

Elle était mineure au moment des faits : Paula L. et sa mère, Iwona L., devant la mairie d'Untersiggenthal.
Paula L. était mineure au moment des faits. Elle pose ici avec sa mère, Iwona L., devant la mairie d’Untersiggenthal. Tages-Anzeiger via RTS

Comment les faits ont-ils été découverts?

Les deux Polonaises s’installent chez l’homme en Suisse à l’été 2022. Officiellement, il engage la mère comme employée de maison, ce qui régularise son séjour. Pour cette dernière, l’histoire commence comme une relation amoureuse. Mais les soupçons s’installent peu à peu. En septembre 2023, lorsqu’elle surprend à nouveau l’accusé en pleine nuit dans la chambre de sa fille, elle appelle la police.

Celle-ci saisit un abondant matériel photographique et vidéo. Sur cette base, le Ministère public parvient à reconstituer les faits: la fille, alors âgée de 15 ans, a été droguée à 44 reprises et abusée parfois pendant des heures. Des agressions commises sur la mère sont également documentées sur le téléphone du prévenu.

La mère et sa fille, aujourd’hui majeure, ont témoigné cette semaine de leur histoire dans les colonnes du Tages-Anzeiger. «Pourquoi devrais-je avoir honte de me montrer? C’est lui qui devrait avoir honte de ce qu’il m’a fait», a déclaré la jeune femme.

Sa mère affirme à propos des vidéos saisies: «Tout ce qu’on peut imaginer lorsqu’on pense à un viol a été dépassé.»

Qu’est-ce qui rend cette affaire si particulière?

Par son ampleur, l’affaire est sans précédent en Suisse. Plus de 180 agressions sexuelles sur des victimes préalablement droguées ont été documentées. L’accusation s’appuie sur 254 fichiers vidéo saisis par les enquêteurs.

Le mode opératoire du prévenu est lui aussi hors du commun. Il aurait systématiquement filmé ses actes avec son téléphone portable et eu recours de façon tout aussi systématique à des substances incapacitantes. Le mode opératoire, récemment mis en lumière par plusieurs affaires très médiatisées, est d’autant plus troublant que les victimes partageaient la vie quotidienne de l’Argovien.

Le fait qu’il s’agisse d’un homme politique qui soignait son image de citoyen irréprochable renforce encore la portée de l’affaire.

Quels précédents existent?

L’affaire rappelle inévitablement celle de Gisèle Pelicot. Pendant dix ans, la Française a été régulièrement droguée et violée par son mari, qui l’aurait également livrée à d’autres hommes recrutés sur internet. Depuis ce procès historique, elle est devenue une figure mondiale de la lutte féministe, portant le message selon lequel «la honte doit changer de camp».

L’éventail des chefs d’accusation rappelle également l’affaire suisse de René Osterwalder, surnommé le «tortionnaire de bébés», qui avait fait grand bruit en Suisse dans les années 1990. Tentative de meurtre, actes d’ordre sexuel avec des enfants, actes commis sur des personnes incapables de discernement – le tout à répétition – avaient conduit en 1998 à l’internement de l’auteur, décédé en 2025 en établissement pénitentiaire.

Par son ampleur et sa nature singulièrement abjecte, l’affaire argovienne s’inscrit déjà, avant même l’ouverture du procès, parmi les grandes affaires criminelles de l’histoire suisse.

Comment réagissent les autorités suisses?

Le Ministère public argovien a mis près de trois ans à boucler son acte d’accusation. Il justifie ce délai par l’importance du matériel à analyser. L’enquête a conduit à plusieurs extensions de l’accusation. Le dossier est désormais pendant devant le Tribunal de district de Baden.

La commune de résidence du prévenu a fait l’objet de critiques pour la manière peu sensible dont elle a traité les victimes. Selon les informations du Tages-AnzeigerLien externe, elle n’a pas placé l’aide aux victimes au premier plan, mais s’est d’abord concentrée sur la question migratoire.

La mère polonaise, qui vivait officiellement chez l’accusé en qualité d’employée de maison, a perdu son emploi après son arrestation. Avec sa fille, elle s’est alors adressée aux services sociaux de leur commune, Untersiggenthal. Les autorités ont cependant soupçonné la mère d’avoir trompé l’administration.

Soupçonnant un emploi fictif, elles lui ont demandé de quitter la Suisse malgré les éléments attestant de son statut de victime. À la lumière des accusations désormais connues, les autorités concernées ainsi que le canton d’Argovie réexaminent aujourd’hui leur gestion du dossier.

Comment la classe politique suisse a-t-elle réagi?

Le Parti socialiste argovien réclame une enquête sur la manière dont les autorités ont géré cette affaire. De nombreuses élues – et quelques élus – au niveau national appellent à une meilleure protection des femmes contre les violences domestiques.

L’affaire soulève à nouveau la question du droit de séjour des étrangères victimes de violences domestiques. La loi actuelle protège principalement les personnes mariées ayant obtenu un titre de séjour dans le cadre du regroupement familial.

Une motion parlementaire prévoit d’étendre cette protection aux victimes de violences ne disposant pas d’un statut de séjour régulier. L’objectif est de renforcer le filet de sécurité juridique offert aux femmes vulnérables, indépendamment de leur état civil ou de leur statut migratoire.

L’UDC ne s’est pas officiellement exprimée au sujet de cet ancien membre, qui a depuis quitté le parti. Les adversaires politiques de l’UDC s’appuient quant à eux sur cette affaire pour contester le discours du parti selon lequel la criminalité serait principalement le fait d’étrangers.

>> Voir aussi le sujet du 19h30 de la RTS sur les réactions politiques à cette affaire:

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Quelle est la suite de la procédure?

Le Ministère public requiert la réclusion à vie. C’est là aussi un élément exceptionnel: il s’agit de la peine maximale prévue par le droit suisse. La date du procès n’a pas encore été fixée.

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Relu et vérifié par Pauline Turuban / Version française adaptée et vérifiée par Katy Romy

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