Initiative anti-étrangers: la campagne est lancée
Le sondage publié jeudi dans l´hebdomadaire alémanique Facts le confirme: à moins de deux mois des votations fédérales du 24 septembre, partisans et adversaires sont au coude à coude. Jeudi, les opposants à l´initiative ont présenté leurs arguments.
Dire oui à l’initiative pour une réglementation de l’immigration reviendrait à marquer un autogoal pour l’économie suisse. Jeudi à Berne, le comité parlementaire opposé à l’initiative dite des 18 pour cent a tiré la sonnette d’alarme.
Face aux slogans sur la surpopulation étrangère, des députés issus des rangs du PDC, du PS et du PRD ont clairement choisi d’argumenter avec les besoins de l’économie. C’est avec cette vision utilitariste de l’étranger qu’ils espèrent vaincre les sentiments xénophobes présents dans la population suisse.
Selon le démocrate-chrétien valaisan Jean-Michel Cina, «une telle initiative prive certaines branches de l’économie, comme la gastronomie ou la construction, de toute une main-d’oeuvre étrangère». C’est donc l’avenir des places de travail en Suisse qui serait en jeu.
Sans oublier la mise en péril des accords bilatéraux sur la libre circulation des personnes. «Si l’initiative devait passer, les pays de l’Union européenne pourraient refuser de les ratifier, en attendant de voir comment la Suisse les appliquerait», poursuit Jean-Michel Cina.
Interrogé sur la question, le conseiller national bernois Bernhard Hess, membre des Démocrates Suisses, défenseur de l’initiative, s’en tire avec une pirouette: «Le gouvernement est d’avis que les accords bilatéraux ne devraient pas provoquer d’afflux de citoyens en provenance de l’Union européenne: on ne peut donc que le prendre au mot».
Pour les initiants, une stabilisation du nombre de ressortissants étrangers dans un petit pays comme la Suisse est nécessaire. Raison pour laquelle ils demandent à la Confédération de veiller à ce que leur proportion n’excède pas 18 pour cent de la population résidente.
«Depuis toujours, le Conseil fédéral promet de stabiliser la population étrangère. En 1994, il y avait 18 pour cent d’étrangers en Suisse; aujourd’hui, ce pourcentage est supérieur à 19. On arrive à un stade où on doit dire stop», s’exclame Bernhard Hess.
Pour une stabilisation, mais par une flexibilisation, rétorquent les opposants à l’initiative: «On peut aussi diminuer le pourcentage d’étrangers en Suisse en facilitant par exemple l’accès au passeport helvétique à ceux qui naissent dans notre pays», fait remarquer l’écologiste genevois Patrice Mugny.
«Le but de l’initiative n’est pas seulement de fixer un quota d’étrangers, se défend Bernhard Hess. C’est aussi pour éviter la surpopulation dans un pays déjà très densément peuplé. Si 150 000, 200 000 ou un demi-million d’étrangers étaient naturalisés, cela ne règlerait pas le problème».
Au-delà des Démocrates Suisses et des jeunes UDC, cette initiative anti-étrangers ne dispose pas pour l’instant de beaucoup de soutien dans l’arène politique. Tant le Conseil fédéral que le Parlement recommandent son rejet.
Réalisé auprès d’un échantillon représentatif de la population, le sondage publié jeudi dans Facts laisse en revanche planer le suspense. 40 pour cent des personnes interrogées sont favorables à l’initiative, 42 pour cent la rejettent alors que 16 pour cent sont indécis.
Claudine Chappuis
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