Le vote oublié des Suisses de l’étranger
L'initiative de dimanche dernier sur l'asile montre que chaque voix compte. Y compris celle des Suisses expatriés.
Depuis l’introduction du vote par correspondance, les sections internationales des partis cherchent à mieux utiliser ce potentiel.
Le vote sur l’initiative «contre les abus dans le droit d’asile» a marqué les esprits. Jamais, en effet, les résultats n’avaient été aussi serrés.
Dans ce contexte, les voix des Suisses de l’étranger ont joué un rôle déterminant dans le refus de l’initiative de l’Union démocratique du centre (droite dure).
En fait, leurs votes ne sont comptés séparément que dans trois cantons. Mais le résultat y est très clair: 6612 Suisses de l’étranger ont refusé l’initiative, mais seulement 2581 l’ont acceptée.
Une participation en hausse constante
Les Suisses de l’étranger peuvent voter par correspondance depuis 1992. Mais, sur un total de 598 934 Suisses expatriés, seuls 82 682 sont inscrits sur une liste de vote.
«Cette participation est remarquable, note le président de l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) Rudolf Wyder. En effet, lors de l’introduction du vote par correspondance, le Conseil fédéral tablait sur une participation de 20 000 à 30 000 expatriés.»
Par ailleurs, la proportion de Suisses de l’étranger qui participent aux scrutins nationaux continue d’augmenter. «Nous œuvrons continuellement pour les informer de leurs droits politiques», précise Rudolf Wyder.
Bien que le potentiel du vote des Suisses de l’étranger soit encore appelé à se développer, les expatriés ont d’ores et déjà un poids équivalent à celui d’un canton de taille moyenne et peuvent par conséquent sceller le sort d’une élection ou d’une votation.
Difficile de faire des généralités
Le vote des Suisses de l’étranger n’est pas homogène, bien que l’on observe des constantes. Par exemple, ils ont massivement voté en faveur de l’entrée de la Suisse dans l’ONU.
«Ce n’est pas une surprise, relève Rudolf Wyder. Puisque, par définition, tous les expatriés se trouvaient dans des pays faisant partie de l’ONU. D’une manière générale, le dénominateur commun des expatriés, c’est peut-être l’expérience de l’étranger, du monde et, finalement, du fait que la Suisse n’est pas une île.»
Pourtant, il ne faut pas en tirer des conclusions trop hâtives. «Il est difficile de simplifier, parce qu’à l’étranger comme en Suisse, il y a des différences de partis et de sensibilité», insiste Rudolf Wyder.
Rien de professionnel
Depuis l’introduction du vote par correspondance, les quatre partis gouvernementaux s’intéressent de près aux voix des Suisses de l’étranger.
Le parti radical (droite) a ouvert la voie dès 1992 en organisant une session à l’étranger, afin de défendre ses thèses.
Le Parti démocrate-chrétien (centre droit) et l’Union démocratique du centre ont ensuite fait de même. Tout comme les socialistes qui disposent également d’une section internationale.
Mais pour l’heure, ces grands partis se contentent de fournir des informations aux personnes intéressées. Normalement, il s’agit de connaissances, de membres actifs expatriés ou d’amis. Il n’y a rien de professionnel dans la démarche.
Les ambassades interdisent la propagande
Le vote de dimanche dernier a montré l’urgence de s’adresser plus professionnellement aux Suisses de l’étranger. Les quatre partis nationaux entendent mettre l’accent sur leurs contacts avec les Suisses de l’étranger en vue des élections fédérales de 2003.
Mais ce contact n’est pas toujours facile. «Les ambassades ne permettent pas la propagande politique directe, se lamente Alki M. Panayides, responsable de l’UDC pour les Suisses de l’étranger. Nous devons donc trouver d’autres canaux de diffusion.»
Il n’est donc pas aisé de trouver les adresses de tous les Suisses inscrits auprès des représentations diplomatiques à l’étranger. De plus, même si tel était le cas, leur envoyer la propagande électorale par la poste reviendrait à une véritable fortune.
L’Internet présente donc une solution idéale pour résoudre ces problèmes de coûts, même si le moyen d’identifier tous les interlocuteurs potentiels n’est pas encore réglé…
swissinfo/Olivier Pauchard
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