Suisse-ONU: en attendant le jour J
Le vote est acquis. Mais il faudra attendre encore six mois pour que la Suisse entre officiellement dans l'ONU. Pourtant les états-majors s'y préparent déjà.
Passées les émotions, place aux vérifications. Avant toute chose, il faut que les résultats de la votation de dimanche soient validés par l’administration fédérale. Ce qui prend toujours «un certain» temps, comme on dit à Berne.
La Constitution fédérale sera ensuite complétée d’un article stipulant que «la Suisse adhère à l’Organisation des Nations Unies» et que «le Conseil fédéral est autorisé à adresser au Secrétaire général de l’ONU une demande d’admission».
Par écrit, svp
La Charte des Nations Unies prévoit que tout Etat qui accepte ses obligations, jugé capable de les remplir et disposé à le faire, peut devenir membre de l’ONU. C’est à l’Assemblée générale, sur recommandation du Conseil de sécurité, qu’il revient d’admettre ou non le pays candidat.
Encore faut-il en faire la demande formelle. Celle-ci est déjà prête. Elle figurait d’ailleurs en toutes lettres dans la documentation fournie à tous les citoyens suisses en même temps que leur bulletin de vote. Et elle sera adressée dès que possible au Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan.
Le Conseil fédéral y rappelle, entre autres, que «la Suisse est un Etat neutre dont le statut est consacré par le droit international» et qu’au sein de l’organisation cette neutralité «est compatible avec les obligations découlant de la Charte et contribue à la réalisation des buts des Nations Unies». En tant que membre, «la Suisse restera neutre».
Rendez-vous mi-septembre
Si l’on rappelle que les sessions ordinaires de l’Assemblée générale commencent chaque année le deuxième mardi de septembre et se poursuivent généralement jusqu’à la mi-décembre, c’est donc entre ces dates que devrait survenir l’entrée officielle de la Suisse à l’ONU.
Le 10 septembre, en tout cas, est déjà cerclé de rouge dans l’agenda de Erwin Hofer, chef de la division des Nations Unies et des organisations internationales au Département fédéral des affaires étrangères. Et dans celui de Jenö Staehelin, observateur permanent de la Suisse auprès des Nations Unies à New York.
Qu’est-ce qui va changer dans le travail de ces deux ambassadeurs? A la fois tout et peu de choses. Tout parce la Suisse pourra enfin prendre part aux décisions. Cela fait une différence énorme. Mais pas de chambardements pour autant, juste «une intensification des engagements».
Du côté de Berne, explique Erwin Hofer, «il nous faudra définir plus clairement nos positions et les communiquer à nos collaborateurs de New York». Ce qu’il traduit par: «acquérir un comportement de décision».
Vu de Manhattan, et selon Jenö Staehelin, «il va falloir apprendre le métier du multilatéralisme, qui obéit à des règles différentes et plus compliquées que la diplomatie bilatérale, il nous faudra des gens qui savent comment ça fonctionne…»
Du bon usage d’un siège tout neuf
Apprentissage? Erwin Hofer préfère parler de rodage. «L’apprentissage s’est déjà fait pendant plus de cinquante ans, on est largement opérationnel.» Des forces supplémentaires? «Pas énormément, 3 ou 4 personnes à New York, autant à Berne. On ne va pas épuiser dès le premier tour le contingent de quinze unités annoncées par le Conseil fédéral.»
Les priorités? On les connaît: le droit et l’action humanitaire, la coopération au développement, la protection de l’environnement – des domaines où la Suisse «a gagné du respect». Et bien sûr la promotion de la Genève internationale, siège européen de l’ONU.
Pour se préparer à leur nouveau rôle, les délégations suisses ont déjà quelques gros rendez-vous à l’affiche. Dans deux semaines, à Monterrey au Mexique, une importante conférence internationale sur les questions financières touchant au développement.
En mai, à New York, la session spéciale de l’ONU consacrée aux enfants. Et au début septembre à Johannesburg, le sommet mondial sur le développement durable. Ce sera juste avant l’Assemblée générale tant espérée. Et juste avant le premier anniversaire d’un tragique 11 septembre.
Bernard Weissbrodt, Palais des Nations
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