Une victoire de la raison
La presse salue en bloc la libéralisation de l'avortement. Mais reste à réaliser les promesses faites durant la campagne: instaurer une vraie politique familiale.
Les commentateurs sont unanimes à se féliciter des résultats des votations de dimanche. Pour la Neue Zürcher Zeitung, par exemple, il s’agit d’une «victoire de la raion»; pour le Blick, d’une «victoire des femmes».
Une Suisse en évolution
Plusieurs analystes mesurent le changement des mentalités intervenu en Suisse en l’espace d’un quart de siècle. Le peuple a très clairement accepté le régime des délais, alors qu’il l’avait refusé en 1977.
«Les Suisses évoluent beaucoup plus rapidement sur les questions de société que sur les thèmes identitaires», souligne Le Temps. La Suisse a donc beaucoup changé par rapport à 1977. «Elle est urbaine, moderne, à majorité féminine, et capable d’évolution», note pour sa part 24 Heures.
L’évolution est telle que la question de l’avortement bénéficie désormais d’un véritable consensus. «Le clair rejet de l’initiative pour la mère et l’enfant montre à quel point le consensus est devenu grand en matière d’avortement», souligne la Berner Zeitung.
Les commentateurs saluent enfin le fait que la loi soit désormais en phase avec la pratique. «La Suisse met fin au règne du mensonge et de l’hypocrisie qui a prévalu ces dernières années», écrit par exemple le Temps.
Bérézina démocrate-chrétienne
De nombreux commentateurs soulignent que les résultats de dimanche constituent un sérieux revers pour le Parti démocrate-chrétien (PDC). En lançant un référendum pour la première fois de son histoire, le parti s’est fourvoyé.
«C’est le PDC qui aura perdu hier le plus de plumes. En s’arc-boutant sur le principe de la consultation obligatoire, il n’a pas vu venir la vague», analyse la Tribune de Genève.
«Les démocrates-chrétiens doivent aujourd’hui se mordre les doigts, ajoute Le Matin. Car ils espéraient engranger quelques bénéfices dans la perspective des élections fédérales de 2003 et reprendre du terrain sur l’UDC; ils se sont trompés.»
Finalement, le PDC aurait mieux fait de se rallier à la politique pragmatique de sa conseillère fédéral Ruth Metzler. Or, en ne le faisant pas, le parti a subi une défaite sans appel. «A force d’être sourd, on finit par se faire tirer l’oreille», déclare Le Temps.
Une vraie politique familiale
Mais si les résultats de dimanche sont une victoire pour les femmes, les commentateurs n’en pensent pas moins que le nombre d’avortements doit diminuer. Et pour y parvenir, il faut mettre sur pied une vraie politique familiale.
«Reste à concrétiser les promesses faites pendant la campagne, que ce soit une politique ciblée en faveur des familles ou des structures d’appui pour les femmes qui travaillent», demande par exemple 24 Heures.
Les politiciens doivent donc tenir leurs promesses. «Il faut prendre au mot ceux qui affirment que la prévention et l’information sont de bien meilleures armes que la punition contre l’interruption de grossesses», rappelle La Liberté. «Ras-le bol de ces partis qui nous inondent de beaux discours en faveur de la famille alors qu’ils n’ont pratiquement rien fait», ajoute le quotidien fribourgeois.
Et Le Matin de conclure: «Si on veut à présent favoriser la famille, il s’agit de se mobiliser en faveur d’une politique familiale digne d’un pays riche comme la Suisse.»
swissinfo/Olivier Pauchard
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