La science suisse et américaine main dans la main
Le secrétaire d'Etat helvétique pour la science et l'éducation Mauro Dell'Ambrogio a signé mercredi un accord de coopération scientifique avec les Etats-Unis. Ce texte est le premier qui lie les deux pays depuis l'arrivée de l'administration de Barack Obama.
«C’est un message fort que nos deux pays envoient », a précisé Mauro Dell’Ambrogio, lors d’un point de presse organisé à l’issue de sa première visite officielle aux Etats-Unis depuis sa nomination à ce poste en janvier 2008.
«Les gouvernements suisse et américain réaffirment leur volonté et leur engagement de continuer à donner la priorité à la coopération scientifique et à favoriser la collaboration internationale dans ce domaine, a-t-il expliqué. Cet accord rapproche encore nos deux pays et c’est une excellente nouvelle», a-t-il pousuivi.
Dureté des négociateurs américains
Il s’agit là de ce que Mauro Dell’Ambrogio appelle «l’aspect symbolique», ou politique, de l’accord. L’autre aspect est «pratique», dit-il. Il s’agit de formaliser le cadre des relations scientifiques et universitaires que la Suisse et les Etats-Unis ont développées depuis longtemps, de fixer les conditions de cette coopération, notamment des règles en ce qui concerne la propriété intellectuelle et les droits d’auteur.»
La réputation de dureté des négociateurs américains quand il est question des problèmes de propriété intellectuelle n’est plus à faire et Mauro Dell’Ambrogio indique que c’est ce volet de l’accord bilatéral qui a demandé le plus de temps.
«Il existe deux droits différents en Suisse et aux Etats-Unis en matière de propriété intellectuelle, mais on peut créer un système qui limite les risques de conflit et c’est ce que cet accord veut faire», souligne-t-il.
Swissnex de San Francisco
Le secrétaire d’Etat suisse note que l’accord est le fruit d’un «long processus de négociation» entre Berne et Washington. Tout en précisant que «ce n’est pas la crise des banques qui a motivé l’accord». Lancée en 2004, au début du second mandat de George Bush, l’idée est née «d’un commun accord à la suite de l’ouverture du Swissnex de San Francisco.»
Mais Mauro Dell’Ambrogio affirme que cet accord arrive «au bon moment car nous montrons que nos intérêts aux Etats-Unis ne sont pas que financiers et parce qu’il y a à la Maison Blanche un nouveau gouvernement.»
«L’administration Bush ne voyait pas la science comme une priorité, tandis que la nouvelle administration Obama a signalé à quel point la science sera désormais mise en avant, malgré les temps difficiles que nous traversons tous en ce moment, la Suisse partage cet enthousiasme», relève le secrétaire d’Etat qui voit dans cet accord «un symbole important puisqu’il est l’un des tout premiers accords signé entre l’administration Obama et un gouvernement étranger.»
Explorer les frontières du savoir
En effet, Barack Obama, marquant une nette rupture avec son prédécesseur, a, dans les deux premiers mois de sa présidence, reconnu l’existence et l’importance des changements climatiques, renoué avec les négociations internationales sur le traité qui doit succéder au protocole de Kyoto en 2012, autorisé la recherche sur les cellules-souches prélevées sur des embryons et intégré un important programme de développement des sources renouvelables d’énergie dans son plan de relance économique.
Dans un communiqué, le ministère américain des Affaires Etrangères indique du reste que «l’accord-cadre bilatéral signé mercredi engage les parties à renforcer et promouvoir la coopération scientifique et technologique sur une base d’égalité, de réciprocité et de bénéfice mutuel.»
Arden Bement, signataire de l’accord pour le gouvernement américain et directeur de la Fondation Nationale pour la Science, a estimé que «les chercheurs et étudiants suisses et américains travaillent côte à côte, en manifestant ainsi la valeur de la coopération et de l’amitié internationales». «Tout en continuant à apprendre les uns des autres, nous allons renforcer la capacité des Etats-Unis et de la Suisse à explorer les frontières du savoir», a ajouté le responsable américain.
Interrogé sur les éventuelles prochaines étapes de ce renforcement de la collaboration scientifique entre la Suisse et les Etats-Unis, Mauro Dell’Ambrogio a souligné le caractère «spontané et organique» d’une coopération qui s’est largement développée en dehors de l’action des deux gouvernements, par des échanges directs entre universités et entre entreprises.
«Le mouvement n’est pas dirigé par nos deux gouvernements respectifs, ce ne sont donc pas nos gouvernements qui définiront les prochaines étapes, mais le processus de coopération lui-même.»
swissinfo, Marie-Christine Bonzom à Washington
Partenariat. Etablies de longue date, les relations scientifiques entre la Suisse et les Etats-Unis font de ces derniers l’un des principaux partenaires de Berne dans les domaines de la recherche, des échanges universitaires et de l’innovation.
Publications. Plus de 3000 articles de recherche conjoints entre scientifiques suisses et américains sont publiés chaque année.
Bourses. 200 à 300 boursiers post-doctorants helvétiques viennent étudier aux Etats-Unis chaque année.
Enseignement. Plusieurs centaines de professeurs suisses enseignent dans les universités américaines.
Le programme Fulbright est le plus prestigieux des programmes d’échanges culturels du gouvernement américain.
Dans son volet pour la Suisse, ce programme permet chaque année à 9 Suisses de poursuivre un doctorat aux Etats-Unis tous frais payés et à 9 Américains de faire la même chose en Suisse.
Créé en 1946, il fournit chaque année des bourses à 750 chercheurs et 2600 étudiants étrangers pour un séjour dans des universités américaines. Il permet aussi à 1400 étudiants et 1100 chercheurs américains d’étudier à l’étranger chaque année.
Le programme International Visitor Leadership (IVL) a été lancé en 1940. Les candidats sont identifiés par les ambassades américaines parmi ceux qui leur semblent appelés à jouer un rôle important dans la vie politique, économique, médiatique, universitaire, religieuse, culturelle ou artistique de leurs pays.
Ces futures élites sont alors invitées à passer trois semaines aux Etats-Unis. Elles y séjournent dans des familles américaines et rencontrent des responsables américains travaillant dans leurs secteurs professionnels. Plus de 135’000 personnes venues des cinq continents ont participé au programme IVL depuis sa création.
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