Doper la collaboration scientifique avec Israël
Le ministre suisse de l'Intérieur Pascal Couchepin se rend mercredi en Israël pour donner une impulsion à la coopération scientifique avec l'Etat hébreu.
Mais, pour des raisons politiques, la perspective d’un accord avec Israël – l’un des leaders de la recherche scientifique – ne réjouit pas tout le monde en Suisse.
L’Etat hébreu, qui est l’un des leaders mondiaux dans la recherche en matière médicale, en biotechnologie ou dans l’informatique, a passé des accords avec une quarantaine de pays.
Mais, actuellement, aucun accord formel n’existe avec la Suisse dans le domaine scientifique. C’est justement pour tenter de combler cette lacune que Pascal Couchepin se rend en Israël cette semaine.
En clair, il veut y signer une déclaration d’intention sur le renforcement de la coopération scientifique entre la Suisse et Israël.
«Il s’agit d’un document très ‘soft’, d’une toute première approche», précise Claudio Fischer, responsable de la politique scientifique internationale au Département fédéral de l’Intérieur (DFI).
Cela dit, le gouvernement suisse le sait bien, toute collaboration avec l’Etat hébreu comporte une dimension politique délicate.
«Nous nous sommes uniquement concentrés sur la question d’une coopération en matière de recherche, insiste Claudio Fischer, et nous avons constaté qu’il y avait là un intérêt évident pour les deux pays.»
Et Claudio Fischer d’expliquer à swissinfo qu’un éventuel accord scientifique avec Israël ne doit pas être politisé.
Problème d’image
Mais tout le monde ne partage pas ce point de vue. A l’instar du président de l’Association Suisse-Palestine qui est ouvertement contre tout accord avec l’Etat hébreu.
«Je pense que ce n’est pas approprié, dit Daniel Vischer à swissinfo. Israël est toujours une puissance occupante dans les territoires palestiniens, en dépit des résolutions prises par l’ONU.»
Egalement parlementaire du parti des Verts, le Zurichois ajoute que tout accord avec Israël nuit à l’image de la Suisse au Proche-Orient.
«La Suisse devrait traiter les deux parties en conflit sur un pied d’égalité, poursuit-il. Mais Pascal Couchepin et Samuel Schmid minent notre politique étrangère en cherchant la coopération avec les Israéliens.»
Le ministre de la Défense Samuel Schmid a récemment annoncé son intention d’acheter des systèmes de communication à l’Etat hébreu, au grand dam de plusieurs parlementaires.
A noter qu’en Suisse des appels au boycott des produits israéliens se sont fait entendre. Mais les domaines de la recherche scientifique et de l’éducation n’ont jamais été mentionnés.
Des scientifiques critiques
A ce propos, Berne juge «contre-productif» le boycott des universités israéliennes récemment adopté (puis rapidement levé) par les universitaires britanniques.
Au Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE), on fait également valoir que, traditionnellement, la majorité des scientifiques israéliens sont plutôt critiques à l’égard de la politique menée par leur pays dans les territoires occupés.
Et puis, les interventions de la Suisse visant à défendre l’application des Conventions de Genève ou son soutien à l’Initiative de Genève ont régulièrement provoqué des tensions avec le gouvernement israélien au cours de ces dernières années.
Mais, d’un autre côté, après Samuel Schmid et Micheline Calmy-Rey, Pascal Couchepin est le troisième ministre suisse à se rendre en Israël cette année.
Booster la coopération
Le voyage de Pascal Couchepin «va permettre de préciser les domaines sur lesquels l’accent devra être mis», se réjouit Claudio Fischer.
Mais, ajoute-t-il aussitôt, «il apparaît déjà comme certain que les secteurs des biotechnologies et ceux de l’informatique ou de la recherche médicale sont intéressants.»
Les scientifiques israéliens sont à la pointe de ces secteurs et les autorités helvétiques espèrent qu’une déclaration d’intention – accompagnées de subsides pour des projets ou des programmes d’échanges – contribuera à promouvoir la collaboration entre les deux pays.
Une base plus solide
Selon un rapport du ministère des Affaires étrangères, les articles publiés à la suite d’une collaboration entre chercheurs israéliens et suisses n’ont représenté que 0,5 % de tous les travaux internationaux publiés entre 1998 et 2002.
C’est un fait: aujourd’hui encore, les ententes entre hautes écoles suisses et israéliennes se comptent sur les doigts d’une main.
L’Ecole polytechnique fédérale de Zurich est l’une des rares à collaborer régulièrement avec des chercheurs ou des universités de l’Etat hébreu. Elle a signé en 1971 un accord à cet effet avec l’Institut Weizmann, près de Tel-Aviv.
«Israël possède d’excellentes universités et quelques unes des nôtres coopèrent déjà avec elles, confirme Claudio Fischer. Aujourd’hui, nous voulons savoir si cette coopération nécessite une base plus solide.» Pour pouvoir la développer, bien sûr.
swissinfo et les agences
La Suisse a reconnu l’Etat d’Israël en 1949
En 2004, elle a importé des biens et des services en provenance d’Israël pour un montant de 413,7 millions de francs (330 millions de dollars).
Les exportations helvétiques vers l’Etat hébreu se sont montées à 659,7 millions de francs.
En 2003, la Suisse a été le cinquième plus grand fournisseur d’Israël.
Les deux pays sont liés par un accord de libre-échange depuis 1993 dans le cadre de l’Association européenne de libre échange AELE).
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