Accueil tempéré pour les aides du G8
Le soutien à l’Afrique décidé lors du sommet du G8 réjouit plusieurs observateurs suisses. Tout comme l’engagement à combattre le réchauffement climatique.
Les pays du G8 et d’autres donateurs feront doubler l’aide au développement d’ici 2010 (+ 50 mia de dollars), annoncent leurs représentants.
L’aide aux pays pauvres «aura augmenté de 50 milliards de dollars par an en 2010 par rapport à 2004», indique le communiqué final du sommet du G8 2005. Il s’agit en clair d’un doublement de cette aide au développement.
Avec la promesse de dernière minute du Japon, l’aide des pays les plus industrialisés pour la seule Afrique passera de 25 milliards de dollars actuellement (32,6 milliards de francs) à 50 milliards de dollars (65,2 mia de frs), indique aussi Tony Blair, premier ministre britannique hôte du sommet.
Une victoire, donc, aux yeux de Blair. Victoire ternie toutefois par une déclaration finale quelque peu édulcorée sur la question des changements climatiques. Les pressions américaines ont poussé les dirigeants présents à contourner toutes mesures concrètes dans ce domaine.
L’Afrique parmi les priorités
«Je suis très heureux de voir que l’Afrique est l’une des priorités du G8», indique à swissinfo le vice-directeur de la Direction du développement et de la coopération (DDC). «Plus du 40% du budget bilatéral de la DDC vont à l’Afrique», précise Serge Chappatte.
Initialement, Tony Blair proposait que les pays participants au sommet s’engagent à lever l’équivalent de 0,7% de leur PNB d’ici 2015 en faveur de l’aide au développement. Une idée combattue par la responsable des relations internationales et financières de la Déclaration de Berne (une organisation non gouvernementale suisse).
«Pour les pays en développement, cela aurait signifié davantage de dettes maintenant devant être assumées demain par les générations futures, explique Christine Eberlein. Nous sommes absolument contre cette idée.»
A Gleneagles (Ecosse), les membres du G8 se sont aussi engagés à éliminer les subventions à l’exportation dans le secteur agricole. Cette promesse, qui répond à une exigence première des pays africains, ne pose aucun problème à la Suisse, assure Serge Chappatte.
«Il existe plusieurs manières d’aider les pays en développement à prendre une part plus importante dans le commerce mondiale – le commerce étant un moteur de développement très efficace», explique le Suisse.
Dialogue avec les pays émergents
Les résultats sont plus mitigés sur l’autre dossier central du sommet: le réchauffement climatique. Les pays du G8 déclarent que «le changement climatique constitue un défi grave et à long terme qui est susceptible d’affecter tous les points du globe».
Soulignant le rôle des énergies fossiles et «d’autres activités humaines» dans «l’accroissement des gaz à effet de serre liés au réchauffement de la surface de la Terre», les membres du G8 soulignent la nécessité d’agir.
Concession américaine: leur déclaration finale mentionne le protocole de Kyoto, un accord imposant des réductions de gaz à effet de serre aux pays industriels d’ici 2012 que les Etats-Unis refusent toujours de ratifier.
Lors de ce G8, les mêmes Etats-Unis ont du reste rejeté toute fixation de valeurs-cibles chiffrées ou de délais pour réduire ces émissions de gaz à effet de serre.
Par contre, les huit dirigeants ont décidé de lancer un dialogue sur les relations entre changement climatique et énergie avec les pays émergeants – Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud et Mexique surtout.
Tony Blair annonce qu’il organisera une première conférence le 1er novembre dans le cadre de ce nouveau forum informel.
Entre espoirs et optimisme prudent
«Je suis un réaliste – tout ce qui sort de bon du G8, je le prends. Nous allons sans doute dans la bonne direction», indique Serge Chappatte, ajoutant se contenter de petits pas fermes et constants.
Christine Eberlein elle aussi se montre prudemment optimiste sur la suite des événements après ce sommet de Gleneagles.
«Je ne pense pas que les choses seront vraiment différentes. Mais les chefs de gouvernement devaient reconnaître que leurs promesses passées n’étaient que du vent. C’est ce qu’ils font aujourd’hui.»
«J’espère pour ma part que ce sommet donnera une véritable impulsion au soutien à l’Afrique», lance Serge Chappatte.
swissinfo et les agences
Le 31e sommet du G8 s’est déroulé au Gleneagles Hotel, Perthshire, Ecosse.
Les Groupe des Huit est composé des huit nations les plus industrialisées du monde, à savoir la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, le Canada et la Russie.
– En dehors de l’accroissement de l’aide à l’Afrique, les dirigeants du G8 ont soutenu de nouveaux accords sur le commerce et annulé la dette de plusieurs parmi les pays les plus pauvres. Ils se sont aussi engagés à assurer pour tous l’accès aux traitements contre le Sida.
– Les membres du G8 ont également appuyé la mise sur pied d’une force de maintien de la paix en Afrique. Et entendu plusieurs dirigeants africains leur assurer vouloir faire progresser leurs pays vers la démocratie.
– Qui plus est, le premier ministre britannique Tony Blair a annoncé une aide de 3 milliards de dollars (3,9 milliards de francs) en faveur de l’Autorité palestinienne pour ces prochaines années.
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