L’élite mondiale reviendra l’an prochain à Davos
Fin de l'édition 2001 du Forum économique mondial. Contesté, le rendez-vous annuel des décideurs économiques et politiques du monde entier s'est finalement déroulé sans problème. L'avenir du Forum n'est pas menacé. Même si des questions restent ouvertes.
Le Forum économique mondial a donc eu lieu sans perturbation. A Davos, six jour durant, plus de deux mille leaders du monde des affaires, de la politique, de la société civile ont pu, en toute quiétude, parler de l’état de la planète et de l’économie.
Pourtant, en trente ans d’existence, jamais cette réunion – unique au monde, née en Suisse, créée par un Suisse – n’a autant été remise en question, critiquée, bousculée.
Il y a eu les mesures de sécurité, tout d’abord. Pour faire face aux menaces de certains activistes opposé à la mondialisation, la station grisonne s’est transformée en véritable camp retranché: barrières et fils de fer barbelés, policiers et soldats par centaines, filtrage très strict des accès à la vallée.
Ensuite, sur le plan des idées, des voix critiques ont répliqué au discours du Forum. A Porto Alegre, au Brésil, où se tenait simultanément le Forum social mondial. Mais aussi à Davos même, à travers une contre-conférence mise sur pied par une série d’ONG.
Samedi, enfin, les forces de l’ordre ont parfaitement réussi à contenir une manifestation interdite par les autorités locales en bouclant pratiquement l’accès à Davos. Mais une partie des manifestants ont déversé leur colère ailleurs, notamment à Zurich, où des heurts violents ont eu lieu.
Surtout, les critiques ont fusé contre des mesures policières qualifiées par certains de disproportionnées. La polémique s’est ainsi installée en Suisse. Mais les reproches viennent aussi d’observateurs étrangers, comme ces organisations non gouvernementales invitées au Forum, dont Amnesty International, qui ont dénoncé les atteintes aux libertés de réunion et d’expression dont les autorités suisses se seraient rendues responsables.
Alors, Davos est-il devenu trop petit pour le Forum, le Forum trop controversé pour la Suisse? Les organisateurs de la réunion sont clairs: ils ont bien l’intention de continuer, l’année prochaine et les suivantes, à rassembler l’élite mondiale dans les Alpes suisses.
Mais deux questions, en particulier, se posent, dans le contexte actuel du débat autour de la globalisation. La première s’adresse à la Suisse. Pourra-t-elle, cette Suisse, à l’avenir, offrir la possibilité à tous d’exprimer leur opinion, dans la rue si nécessaire, pour autant que cela se fasse de manière pacifique?
Jusqu’à maintenant, les autorités helvétiques ont choisi de contourner la difficulté en interdisant purement et simplement, année après année, toute manifestation à Davos. Mais il n’est pas sûr qu’elles puissent persévérer longtemps dans cette voie.
La seconde question s’adresse au Forum économique mondial, entité privée dont les mille membres sont parmi les entreprises les plus influentes de la planète. Cette organisation va t-elle pouvoir maintenir, sans se réformer, sa crédibilité en tant que lieu de dialogue sur la mondialisation?
En effet, lors de cette édition 2001, des voix se sont élevées parmi les ONG participantes afin que les différents acteurs du débat – les milieux politiques, le monde des affaires et les représentants de la société civile – soient représentés de manière plus équitable. Une demande rejetée par les organisateurs, qui tiennent au mode de fonctionnement du Forum, un club qui invite qui bon lui semble.
C’est à travers les réponses à ces deux questions que l’avenir du Forum se dessinera, pour une bonne part. Ses organisateurs sont, bien sûr, les premiers concernés. Mais l’enjeu vaut aussi pour la Suisse, qui a lié son image à cette manifestation.
Pierre Gobet, Davos
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