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La croisade de John Le Carré contre les géants de la pharmacie

John Le Carré s'est engagé à ne jamais révéler les noms de ses informateurs, ni ceux des entreprises pour lesquelles ils travaillent. Keystone

Dans son dernier roman, «The Constant Gardener», l'écrivain britannique accuse les multinationales de l'industrie pharmaceutique - celles qui sont basées à Bâle notamment - de s'enrichir sur le dos des sidéens africains. A deux semaines de la reprise du procès intenté par les sociétés pharmaceutiques, dont Roche et Novartis, contre l'Afrique du Sud, swissinfo a rencontré John Le Carré.

– swissinfo: La chute du mur de Berlin a privé l’ancien espion que vous êtes de votre sujet de prédilection. Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à l’Afrique?

– John Le Carré: Je voulais faire quelque chose contre cette forme aiguë de néocolonialisme qu’est l’exploitation financière de l’Afrique. J’avais d’abord pensé à l’industrie du tabac, puis à celle du pétrole. Mais un ami, grand connaisseur de l’Afrique, m’a convaincu qu’il n’y avait rien de pire que l’industrie pharmaceutique…

– C’est-à-dire?

– J. L C: 80% des malades du sida vivent en Afrique subsaharienne. Mais ils ne représentent que 1% du marché des médicaments antisida. Si les médicaments performants étaient commercialisés pour 320 dollars par an et par patient, au lieu des 10 000 à 15 000 dollars actuels, les labos feraient encore du bénéfice.

– Que pensez-vous du droit des brevets sur les médicaments?

– J. L C: Nous ne pouvons pas considérer les brevets sur les médicaments de la même manière que les brevets concernant, par exemple, un banal enregistreur. Il nous faut trouver un autre moyen de dédommager ceux qui inventent de nouveaux médicaments. Avec la réglementation actuelle, c’est un droit de vie et de mort que l’on exerce sur les personnes malades. C’est une forme de génocide. Ça ne peut pas continuer ainsi.

Les Africains, mais aussi les Latino-américains, sont utilisés comme des cobayes. Ils sont d’accord de tester des médicaments qu’ils ne pourraient jamais se payer. Mais, dans les faits, ils les testent pour nous, pour notre santé.

– Est-ce que «The Constant Gardener» se base sur une véritable enquête?

– J. L C: Bien sûr. Je suis allé personnellement sur le terrain. Et, à Bâle et à Londres, des personnes m’ont informé de manière confidentielle. J’ai pris l’engagement de ne jamais révéler leurs noms, ni ceux des entreprises pour lesquelles ils travaillent. Il n’y pas d’anges dans ces milieux-là.

– Est-ce que votre roman a suscité des réactions en Suisse?

– J. L C: Je suis certain que l’industrie pharmaceutique bâloise est furieuse. Mais, à ce jour, je n’ai eu aucun écho de sa part. Mon seul but, c’est d’alimenter le débat, d’éveiller les consciences. Il en va de la survie de tout un continent, l’Afrique.

Propos recueillis par Ariane Gigon Bormann

«The Constant Gardener», John Le Carré, Hodder & Stoughton (en anglais).

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