Le dialecte pour retrouver ses racines
Aujourd'hui, seuls 38% des enfants en âge de scolarité parlent le dialecte au Tessin. Mais il fait l'objet d'un nouvel intérêt très vif depuis quelques années. Un besoin, sans doute, de retrouver une identité régionale.
Dans les rues de Lugano, les mots chantent italien. A Locarno ou Bellinzona, c’est une autre mélodie: celle du dialecte. Au Tessin, l’éternelle division ville-campagne, Sotto et Sopra-Ceneri, passe aussi par le dialecte.
Mais, même s’il est encore dominant dans plusieurs villages, le dialecte s’est perdu. «Dans les années 60, on a commencé à le voir comme un obstacle à la réussite sociale», explique Franco Lura, directeur du Centre de dialectologie, à Bellinzone.
En famille, par exemple, les Tessinois se sont mis à parler le dialecte – jugé vulgaire – aux garçons uniquement, tandis qu’ils s’adressaient aux filles en italien.
Petit à petit abandonné, le dialecte est alors devenu un symbole du passé, la langue des anciens. Aujourd’hui, 38% seulement des enfants en âge de scolarité le parlent encore dans le canton.
Contrairement à la Suisse alémanique, le dialecte n’assume pas de fonction officielle au Tessin. A la télévision, à l’école, à l’église, c’est l’italien qui est de rigueur. Dans ces conditions, difficile de survivre.
Mais depuis quelques années, le Centre de dialectologie constate un nouvel intérêt de la population tessinoise pour la culture locale et la langue elle-même. «Lorsque nous organisons des conférences, les salles se remplissent», se réjouit Franco Lura.
Selon lui, ce nouvel intérêt est déterminé par un besoin d’appartenance, d’identité. «Face à la globalisation, nous avons besoin de comprendre notre propre région. Le dialecte peut aider à retrouver ses racines.»
Une forme de patriotisme aussi? «Si cela signifie fermeture face à l’Italie, je ne le veux pas, répond Franco Lura. D’ailleurs, notre voisine, la Lombardie, a aussi perdu son dialecte. Donc cette volonté de le sauver nous réunit plutôt que nous sépare.»
Alexandra Richard, Lugano
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