Les Gay Pride sont toujours nécessaires
A première vue, les homosexuels semblent acceptés par une bonne partie de la population suisse. Mais la polémique suscitée par la Gay Pride de Sion n'est que l'ultime exemple des préjugés dont sont toujours victimes les gays et les lesbiennes de Suisse.
Des drag-queens devenues tellement ringardes qu’elles n’apparaissent même plus dans les show télévisés, des hommes-objets nus sur un nombre croissant d’affiches publicitaires, des jeunes filles qui s’embrassent goulûment pour des marques de luxe. Un travesti (Marie-Thérèse Porchet, née Bertholet) devenu presque aussi emblématique de la culture suisse romande que feu Jean-Pascal Delamuraz.
Un président de la Confédération qui participe à un défilé homosexuel (Moritz Leuenberger le mois passé à Zurich), une nouvelle Constitution fédérale qui interdit la discrimination à l’égard des homosexuels, un premier canton (Genève) qui reconnaît officiellement l’union entre personnes de même sexe et un Conseil fédéral qui se prononce en faveur d’un tel contrat.
A première vue, la cause gay semble entendue. et l’utilité des manifestations de la fierté homosexuelle – les gay pride – peut dès lors se poser.
«il ne s’agit que d’une acceptation de surface», tempère Stéphane Riethauser, fondateur de Lambda éducation, une société qui fournit du matériel pédagogique sur le thème de l’homosexualité.
«Certes, en milieu urbain, les mentalités ont évolué. Mais dans les campagnes, l’homosexualité est encore un sujet tabou. Même chose dans les écoles où les élèves profèrent des insultes homophobes dès leur plus jeune âge», martèle Stéphane Riethauser.
Et de poursuivre: «une grande majorité des gays et des lesbiennes de Suisse continuent de se cacher. C’est, peut-être bien, de la paranoïa. Pour autant, il faut se demander d’où viennent cette peur et cette honte».
La première vertu des Gay Pride, c’est justement d’exorciser ce sentiment de culpabilité. «Les manifestations homosexuelles sont nées de cette envie d’exprimer sa fierté d’être gay», rappelle Stéphane Riethauser.
Reste à savoir s’il est nécessaire d’afficher des tenues aussi extravagantes pour faire avancer la cause. «L’attitude provocante de certains manifestants est en fait une réponse aux provocations continuelles dont sont victimes les homosexuels», explique Stéphane Riethauser. Qui rappelle que l’écrasante majorité des participants aux Gay Pride portent des vêtements parfaitement ordinaires.
Du reste, la Gay Pride de Sion se veut nettement moins excentrique que les précédentes. «C’est en respectant la population locale que nous gagnerons son respect», proclament ses organisateurs. Qui sont, pour la première fois, des organisatrices en majorité.
D’où l’appellation officielle de «Lesbian and Gay Pride&Friends».
Frédéric Burnand
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