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Les Polonais ne volent pas le travail des Allemands

L'agence fédérale pour l'emploi à Schwerin n'a pas vraiment la tâche facile. swissinfo.ch

L'élargissement de l'Union européenne est-elle responsable du taux de chômage élevé dans les Etats de l'ancienne Allemagne de l'Est ?

swissinfo s’est rendu dans la partie orientale de l’Allemagne pour se faire une idée. Et cela dans la perspective de la votation sur la libre circulation des personnes.

Le commerce n’a guère ressenti les effets de l’élargissement à l’Est de l’Union européenne, même s’il essaie de s’implanter en Pologne ou dans les Etats baltes.

«Ici à Schwerin, personne n’a de travail. Les étrangers nous prennent tout le boulot, je vaux moins qu’eux», dit Frank*. Agé de 38 ans, cet ancien monteur en sanitaire désigne d’un geste la quinzaine d’hommes qui zonent derrière le petit magasin du terminus du tram 2. Quelqu’un apporte une bière fraîche; les discussions tournent parfois à la dispute. «Nous n’avons pas d’avenir. Depuis deux mois, je ne touche plus un rond.»

Autour de nous s’offre à notre regard un triste paysage de HLM préfabriquées sans âme. On est ici bien loin des splendides façades rénovées du centre de Schwerin, la capitale du Land de Mecklenbourg-Poméranie. Nous sommes au ‘Grosser Dreesch’, un quartier déshérité de Schwerin.

Dans cette cité construite dans les années 70 résidaient autrefois 60’000 personnes. Seule une petite partie des immeubles ont été rénovés après la chute du mur; les autres abritent des personnes à l’assistance sociale et des Allemands originaires de Russie.

Le «petit Moscou» c’est ainsi que l’on désigne dans la langue populaire le quartier de ces immigrés arrivés en Allemagne. Une assistante sociale à laquelle je rends visite dans son bureau estime le chômage et le sous-emploi à plus de 50%.

Agence fédérale pour l’emploi

La plupart des gens connaissent le siège local de l’Agence fédérale pour l’emploi au Margaretenhof. Une centaine de conseillères et de conseillers s’occupent des 13’000 à 14’000 sans emploi. Dans tout le district, en juillet, le nombre des sans-emploi s’élevait à 40’000 personnes.

Responsable de l’office, Helmut Westkamp n’essaie pas de masquer la réalité: «sur les 40’000 personnes enregistrés, près de 40% sont des chômeurs de longue durée et sont donc au chômage depuis plus d’une année. Le chômage des jeunes s’élève à plus de 15%. Un changement de tendance n’est pas en vue.»

Et Helmut Westkamp de porsuivre : «Une économie faible et les changements structurels sont les causes de cette situation et non pas l’élargissement à l’Est. Nous n’avons pas vraiment senti d’impact. Rien n’indique que l’élargissement ait entraîné une augmentation du chômage.»

Des Espagnols…sur les grues suisses

A la chancellerie d’Etat, située à un jet de pierres du Château de Schwerin, on fait le même constat. « Après les premières expériences faites, pas grand chose n’a changé. Les fortes craintes des premiers temps ne se sont pas vérifiées », déclare Michael Mattner, rapporteur au Service Europe du Land de Mecklenbourg-Poméranie. Les dispositions transitoires empêchent protègent les Allemands de l’arrivée de la main d’œuvre polonaise.

Le problème ne vient pas de là, comme le montre l’histoire d’Hubert*: «L’année dernière, j’ai travaillé sur des chantiers suisses comme conducteur de grue», raconte-t-il. Il gagnait 28 francs de l’heure. «Ils m’ont congédié du jour au lendemain en prétextant avoir trouvé un grutier moins cher, un Espagnol.» Depuis, il traîne toute la journée dans la cité et n’attend plus rien. «A 56 ans, je ne suis plus vraiment ‘recasable’ en Allemagne.»

Pas de pression sur le commerce

Les dispositions transitoires établissent un contingent sur les travailleurs en provenance de l’Est. La libre circulation en matière de services – introduite à l’exception du bâtiment– permet en revanche aux indépendants provenant des nouveaux Etats de l’UE de pénétrer sur le marché allemand.

«Dans ce secteur non plus, on n’enregistre pas vraiment d’influence sur le commerce local», déclare Michael Mattner de la chancellerie d’Etat. «Nous n’avons pas reçu d’informations de la part de la Chambre d’industrie et du commerce ou des entreprises elles-mêmes, allant dans le sens d’une évolution marquante de la situation.» Il cite en revanche les exemples d’entreprises qui ont développé des antennes en Pologne ou dans les Etats baltes.

Rien ne change

Même pour ce sujet éminemment brûlant que le travail saisonnier, on enregistre aucun changement: selon Helmut Westkamp de l’Agence fédérale pour l’emploi, les effectifs de la main d’œuvre étrangère à Schwerin et ses alentours n’excèdent pas les 3000 personnes.

Mais engager des chômeurs allemands pour les récoltes est problématique: «Il arrive très fréquemment que les chômeurs allemands ne soient tout simplement pas prêts à assumer ce travail très physique pour un salaire aussi bas. Lorsque nous procurons des chômeurs, ils tombent malades le deuxième jour ou ne fournissent plus la même qualité de travail.»

De même, rien ne bouge pour les deux jeunes en débardeur, qui parlent russes entre eux, et qui se trouvent devant l’agence pour l’emploi. A la question de savoir si on leur avait proposé quelque chose, ils répondent par un non laconique avant de reprendre le chemin de leur cité.

swissinfo, Philippe Kropf, Schwerin

*nom modifié par la rédaction

En juillet 2005, 4’772’000 personnes étaient enregistrées comme sans-emploi en Allemagne; le taux de chômage s’élevait à 11,5%.
Sur ce chiffre, 1’817’000 personnes étaient au chômage depuis plus d’une année, 125’000 sont des jeunes de moins de 20 ans.
En 2004, le taux moyen de chômage s’élevait à 10,5%.
Ce chiffre est deux fois plus élevé dans les Länder de l’ancienne Allemagne de l’Est. Dans le Mecklenbourg-Poméranie, le chômage est de près de 20,5%.

– L’élargissement à l’Est de l’UE n’a pour l’instant pas eu d’influence sur la situation de l’emploi en Allemagne. Le commerce ne souffre pas de la concurrence venue de Pologne ou des Etats baltes.
– Le taux élevé de chômage, en particulier dans les régions de l’ancienne Allemagne de l’Est s’explique bien plus par des problèmes structurels.
– Les populations se sentent toutefois désavantagées et attribuent à la main d’œuvre étrangère la responsabilité du chômage.

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