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Un nouveau pont relie la Corée du Nord et la Chine

Keystone-SDA

Les camions ont commencé à circuler jeudi sur un nouveau pont entré en service entre la Chine et la Corée du Nord, ont constaté des journalistes de l'AFP. De quoi renforcer les liens entre l'un des pays les plus reclus au monde et son puissant voisin.

(Keystone-ATS) Plusieurs poids lourds pavoisés aux couleurs nord-coréennes pour les uns, chinoises pour les autres se sont engagés dans les deux sens sur la structure de béton à quatre voies et de 3026 mètres de long jetée sur le fleuve Yalu, ont observé les journalistes du côté chinois dans la ville de Dandong.

«C’est super», dit, parmi des centaines de curieux, une femme venue en couple avec leur chien DuoDuo. «Cela fait 10 ans que ça traînait, ce sera très bon pour le commerce», dit-elle en refusant de divulguer son nom.

L’ouvrage a été achevé en 2014, mais son inauguration a été retardée par différents problèmes, notamment l’absence de routes de raccordement et d’installations douanières côté nord-coréen, a rapporté l’agence de presse sud-coréenne Yonhap.

Une mère et sa fille avec un bébé racontent que le début du chantier avait suscité l’enthousiasme. «C’est à cause du pont que les gens ont acheté leur appartement ici. Quand ils ont acheté, (les logements) étaient tout neufs. Maintenant, ils ont déjà l’air vieux de l’extérieur», dit la fille sous couvert d’anonymat.

«On a construit tellement d’immeubles», abonde sa mère, «mais personne ne vient y habiter». Elle veut croire que les choses vont changer: «Beaucoup de gens de Dandong font du commerce avec la Corée du Nord. Avant, c’était dur d’aller là-bas. Maintenant c’est possible».

Le pont s’ajoute aux passages existants sur la frontière de quelque 1400 km de long qui s’étend de la baie de Corée, à l’ouest, à la Russie, à l’est. Mais il se situe sur un important axe de communication. Il est censé remplacer à terme le vieux pont de l’Amitié sino-coréenne à la capacité limitée.

Lim Eul-chul, spécialiste de la Corée du Nord à l’université sud-coréenne de Kyungnam, anticipe une augmentation «par trois ou par quatre» du trafic de marchandises. Le pont de l’Amitié, avec à peine assez d’espace pour circuler sur une voie, «ne peut tout simplement pas absorber le volume de marchandises entre les deux pays».

C’est vrai en particulier du fret lourd, comme les machines industrielles ou le matériel de construction ; l’acheminement en réclamait beaucoup de précautions, en particulier à cause de l’âge du pont, dit-il. Le pont, remontant aux années 1940, a été soumis à l’épreuve de la guerre et réparé à différentes reprises.

«S’amuser «de l’autre côté»

«Il s’agit d’une avancée majeure», résume-t-il. Le pont «permettra non seulement de renforcer considérablement la coopération économique et commerciale entre les deux pays, mais aussi de faciliter les échanges entre les populations et de resserrer les liens d’affection», a déclaré le Premier ministre chinois Li Qiang s’exprimant par lien vidéo et cité par les médias d’Etat.

La Chine reste un soutien diplomatique et économique primordial de la Corée du Nord, recluse et soumise à de multiples sanctions de l’ONU, malgré le rapprochement de la Corée du Nord avec la Russie, partenaire mais aussi rival régional de la Chine.

L’ouverture du nouveau pont sur le fleuve Yalu intervient environ un mois après l’inauguration du premier pont routier entre la Corée du Nord et la Russie, un ouvrage salué par Pyongyang comme signalant le renforcement des relations bilatérales. L’inauguration de jeudi prolonge l’élargissement récent des liens physiques entre Chine et Corée du Nord.

La compagnie nationale chinoise Air China a repris en mars ses vols directs entre Pékin et Pyongyang après six années d’interruption liée à la fermeture des frontières à cause de la pandémie de Covid-19. Le même mois, les deux pays ont relancé la liaison ferroviaire arrêtée depuis 2020, via Dandong.

La Chine a rouvert entièrement ses frontières en 2023. Mais l’accès à la Corée du Nord, dirigée d’une main de fer depuis trois générations par la dynastie Kim, reste sévèrement restreint.

La mère venue avec sa fille pour l’ouverture du pont se rappelle que jusqu’alors, «on se servait de jumelles pour regarder Sinuiju (ville nord-coréenne)de l’autre côté». Maintenant, dit-elle, «on pourra peut-être aller visiter, s’amuser un peu et regarder à quoi ça ressemble».

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