Un rapport du Grand Conseil dénonce les conditions de détention
(Keystone-ATS) Les mauvaises conditions carcérales dans les prisons vaudoises sont une nouvelle fois épinglées. Le rapport annuel de la Commission des visiteurs du Grand Conseil (CVGC), publié jeudi, dénonce la surpopulation carcérale et des «effets collatéraux en cascade». Il sera soumis le 6 février prochain au Parlement.
Les sept membres de la CVGC, en charge d’examiner les conditions de détention des personnes détenues, «constatent à nouveau un taux élevé de surpopulation dans les prisons vaudoises, impactant tous les autres aspects de la détention – durée de détention dans les zones carcérales, santé physique et mentale, etc», écrivent-ils dans un communiqué émanant du Grand Conseil.
Après avoir visité onze lieux de détention et auditionné plus de 100 prisonniers, la commission publie ses constats dans son rapport annuel 2022-2023, assortis de treize recommandations. «Il est urgent de poursuivre les efforts et de tout mettre en œuvre pour mettre fin à la surpopulation carcérale», affirme-t-elle, soulignant aussi «la nécessité de prioriser la stratégie de réinsertion». Elle relève trois problématiques majeures.
Bois-Mermet et Croisée problématiques
Les lieux d’incarcération vaudois souffrent pour la plupart d’une surpopulation chronique, en particulier à la prison du Bois-Mermet (166% d’occupation) et à la prison de la Croisée (138%). Au Bois-Mermet, cela signifie que deux, voire trois personnes occupent la plupart des cellules prévues pour une, et des cellules pour trois sont régulièrement occupées par quatre ou cinq personnes.
Les effets négatifs de cette surpopulation sont nombreux: accès à la formation et au travail insuffisant, dégradation de la santé physique et mentale, manque d’espace et d’intimité, tensions voire conflits, détaille le rapport.
Zones carcérales: durée en hausse
Autre constat, la durée de détention dans les zones carcérales des locaux de police visités s’est encore prolongée entre janvier et novembre 2022, bien au-delà des 48 heures autorisées. Durant cette période, la durée médiane de détention a augmenté, atteignant les 12,7 jours à l’Hôtel de Police de Lausanne et 12 jours à la zone carcérale de la Police cantonale à la Blécherette.
Dans ces lieux, les séjours ont duré respectivement jusqu’à 43 et 42 jours. Outre l’impact psychologique de cette détention prolongée dans des conditions inadaptées, le Canton de Vaud se voit régulièrement contraint de verser des indemnités financières à titre de réparation pour tort moral, souligne le rapport.
Troisièmement, la commission s’inquiète de la santé mentale des personnes détenues, dont la prise en charge est insuffisante. Santé mentale qui est également mise à rude épreuve en raison des durées de l’enfermement en cellule, pouvant atteindre jusqu’à 23 heures par jour.
«Inacceptables»
Si la CVGC salue «les efforts déjà entrepris pour lutter contre la surpopulation et assainir certaines infrastructures vétustes, elle constate que les conditions de détention restent par endroit inacceptables». Dans ses recommandations, elle demande que le renforcement du programme de réinsertion devienne prioritaire et que cette stratégie soit mise en œuvre dans tous les établissements.
Les autres recommandations visent notamment à lutter contre la surpopulation carcérale, à limiter la durée de détention dans les zones carcérales à 48 heures maximum, à renforcer le contact avec le monde extérieur, à améliorer l’accès aux soins, aux activités, en particulier le week-end, ou encore à la formation et au travail.
Certaines recommandations ciblent des établissements en particulier, notamment les prisons du Bois-Mermet et de la Croisée, dont «l’exiguïté des cellules est particulièrement problématique».