Une chanson satirique suscite l’émoi entre Bruxelles et Ankara
(Keystone-ATS) Bruxelles critique la convocation de l’ambassadeur d’Allemagne en Turquie par les autorités d’Ankara. Celles-ci se disent mécontentes après la diffusion d’une émission satirique sur la chaîne régionale allemande NDR se moquant de Recep Tayyip Erdogan.
«Cette initiative ne semble pas cohérente avec le respect de la liberté de la presse et de la liberté d’expression qui sont des valeurs auxquelles l’UE est très attachée», a déclaré mercredi Mina Andreeva, porte-parole de la Commission européenne, devant la presse. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, estime pour sa part «que cette initiative éloigne plus la Turquie de l’UE qu’elle ne l’en rapproche», selon Mme Andreeva.
L’affaire avait débuté avec la diffusion le 17 mars du titre moqueur «Erdowie, Erdowo, Erdogan», produit par la TV régionale publique, qui a déplu à M. Erdogan au point d’entraîner mardi la convocation par Ankara de l’ambassadeur d’Allemagne en Turquie, Martin Erdmann. La diffusion de cette chanson avait duré en tout deux minutes.
Liberté non négociable
Cette crise intervient alors que Bruxelles et Berlin ont multiplié depuis l’automne les rencontres avec les autorités turques dans l’espoir de trouver une solution à la crise des réfugiés. En dépit des critiques et des inquiétudes sur le respect des droits humains en Turquie, les Européens ont conclu le 18 mars un accord avec le gouvernement turc.
L’Allemagne, qui était le plus ardent défenseur de cet accord, a toutefois précisé que la question de la liberté de la presse n’était pas négociable dans les relations entre Bruxelles et Ankara.
Les Européens s’étaient aussi émus des critiques de M. Erdogan contre la présence de diplomates à l’ouverture la semaine passée du procès de deux journalistes du quotidien d’opposition Cumhuriyet.
Polémique sur Twitter
En réaction, des partisans de Recep Tayyip Erdogan ont créé le mot-dièse #WeLoveErdogan pour soutenir leur héros, actuellement en visite aux Etats-Unis. Ce hashtag en anglais, relayé notamment par plusieurs ministres turcs et membres du parti au pouvoir (AKP), a été propulsé mardi parmi les sujets «les plus tendance» sur Twitter.
Des adeptes ont mis en ligne plusieurs photos: Erdogan embrassant des enfants, Erdogan jouant au foot ou encore Erdogan quittant le Forum de Davos après un clash avec le président israélien Shimon Peres en 2009. Mais cette campagne a rapidement laissé place à la polémique. Les partisans d’Erdogan ont en effet accusé Twitter de censure, quand le mot-dièse a disparu de la liste des plus tendance.
Furieux, le maire d’Ankara, Melih Gokcek, a alors posté une bonne quarantaine de tweets rageurs, sur ses comptes en anglais et en turc, affirmant que Twitter l’avait délibérément retiré. Il a accusé les partisans de l’ennemi juré du président Recep Tayyip Erdogan, l’imam Fethullah Gulen, d’être derrière cette censure.
Dénigrement mondial
Encore plus incisif, le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag, a estimé que cette affaire «illustre les opérations mondiales en cours» pour dénigrer le président Erdogan.
Mercredi, un autre mot-dièse #TwitterCensoredErdogan (Twitter a censuré Erdogan) a fait son apparition. Twitter n’a pas voulu réagir dans l’immédiat à cette polémique.
Ironie du sort, M. Erdogan a longtemps semblé hostile à Twitter, se disant fier de ne pas tweeter et assumant de bloquer les réseaux sociaux en Turquie. Début 2015, il a cependant rédigé son premier gazouillis sur son compte @RT_Erdogan, désormais souvent alimenté.