La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Le rapport parlementaire français sur la Suisse: bien documenté mais démagogique

La Suisse, pays de banquiers et de politiciens à leur solde: le cliché a la vie dure. Keystone Archive

Le rapport de la mission parlementaire française de lutte contre le blanchiment des capitaux est incontestablement le fruit d'un travail approfondi. Malheureusement, il n'échappe pas aux clichés si chers à Jean Ziegler d'une Suisse complice du crime organisé.

Lors de la chute de Mobutu, Jean Ziegler, qui était encore député socialiste, affirmait que les banques suisses détenaient une dizaine de milliards appartenant à l’ancien dictateur. L’information n’a jamais été vérifiée. En revanche, la Confédération reste le seul pays au monde à avoir bloqué les avoirs de l’ancien maréchal, notamment sa villa dans le canton de Vaud. Ce qui n’est pas le cas de la France et de la Belgique.

Le rapport de la mission parlementaire française sur la Suisse («La lutte contre le blanchiment des capitaux en Suisse : un combat de façade») laisse le même sentiment. Il est de bon ton d’accabler la Confédération. Elle a de toute façon mauvaise presse, en raison notamment de son attitude durant la Seconde Guerre mondiale.

L’affaire Abacha, du nom de l’ancien dictateur du Nigeria, laisse la même impression. Il est vrai que la Suisse a accueilli des millions de dollars volés à son peuple. Mais au moins la justice est passée, bloquant 550 millions de dollars et sanctionnant certains établissements financiers. En revanche, la Grande-Bretagne n’a toujours pas levé le petit doigt, n’accordant pas l’entraide judiciaire.

Quant à la France, il faut se servir d’une loupe pour découvrir dans la presse tricolore que 85 millions de dollars auraient transité par la Société bancaire arabe (SBA) à Paris. Et que penser de Pierre Falcone, le marchand d’armes français actuellement emprisonné, et de Jean-Christophe Mitterrand, le fils de l’ancien président français.

Faut-il reprocher à la Suisse de lui avoir ouvert un compte à la banque Darier & Hentsch, ou doit-on s’interroger sur une classe politique française sans foi ni loi qui planque ses économies à l’étranger ? Il est bon de rappeler que le Canton de Genève a refusé le permis de résident à Pierre Falcone en 1998, alors que ce marchand d’armes était couvert d’honneurs à Paris.

Malgré tout, le rapport de Vincent Peillon et d’Arnaud Montebourg a plus que le mérite d’exister. Il contient énormément d’informations sérieuses et de témoignages intéressants, comme celui de l’ancien directeur de la Banque cantonale de Genève à Lyon. Et puis, il n’est jamais négatif de rappeler que malgré de louables efforts, le chemin est encore très long pour la Suisse dans sa lutte contre le blanchiment d’argent.

Ian Hamel

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision